mai 2026
26
27
28
29
30
31
Les beaux jours de...
Alain Guiraudie, Erri De Luca, Leonardo Padura, Delphine de Vigan – et la présence toujours vive d’Albert Camus : autant d’écrivains dont les œuvres éclairent notre époque. Invités à remonter le fil de leur imaginaire et de leurs engagements, ils partagent livres fondateurs, paysages familiers et fidélités. Entre lectures, images et exercices d’admiration, ces grands entretiens dévoilent ce qui nourrit et façonne une vie d’écriture.
Par le corps
Il y a ce que le corps désire, et ce qu’il endure. Chowra Makaremi et Laurine Roux montrent comment les liens affectifs deviennent des formes de résistance face à la brutalité qui nous entoure, tandis que Nathacha Appanah et Negar Haeri racontent des corps exposés à la violence extrême, jusqu’au féminicide. Séphora Pondi met en scène des corps désirés puis consumés, au cœur d’une emprise où se nouent domination et racisme. D’une quête archaïque et sensuelle menée par Yannick Haenel et la photographe Linda Tuloup aux récits puissamment incarnés de Camila Sosa Villada, le corps se fait lieu de désir. Nine Antico et Chloé Thibaud en interrogent les élans et la place qu’il occupe dans nos rapports de force. Mathilde Forget, Francesca Pollock et Gabrielle de Tournemire en explorent les métamorphoses et les fragilités face aux normes. Aux côtés de Victoria Quesnel, Éric Reinhardt en fait entendre les vibrations les plus sensibles, tout comme les musiciens des siestes acoustiques. Entre scène et littérature, la chanteuse Maissiat et le cabaret queer La Bouche prolongent cette exploration collective d’un corps à la fois intime et politique.
Désintégration
Que se passe-t-il quand les cadres cèdent, quand les trajectoires dévient, quand les systèmes sociaux, politiques et intimes se fissurent ? François Bégaudeau refuse toute explication simpliste de la radicalisation et montre comment, dans des vies sans récit stable, on glisse plus qu’on ne choisit. Guillaume Poix et Cédric Gerbehaye plongent au cœur du système carcéral, qui abîme autant les détenus que ceux qui les surveillent. Avec l’éducation populaire, Marwan Mohammed
et François Beaune rappellent que d’autres chemins restent possibles. Arno Bertina met en regard des corps mutilés par la guerre ou remodelés par la chirurgie, comme autant de signes d’une époque disloquée. Clément Camar-Mercier et Loïc Hecht explorent les failles numériques d’un réel de plus en plus instable. Sylvain Bordesoules et Florence Dupré la Tour dessinent une jeunesse précarisée, tandis que Hajar Bali et Lamine Ammar-khodja ouvrent des voies nouvelles pour penser l’Algérie à travers sa littérature.
Contes (et légendes)
Les contes n’ont pas disparu : ils ont changé de forme. Dans le cadre de la Saison Méditerranée, en préambule du festival, Marwan Chahine, Amira Ghenim, Maya Ouabadi, Abdellah Taïa et Nassera Tamer mêlent souvenirs et figures mythiques des deux rives pour composer une histoire vivante dans Omar Sharif, ma grand-mère et moi. La Cour des Contes réenchante la parole dans un stand-up littéraire imaginé pour les 10 ans du festival. Dans une langue de conteur, Atiq Rahimi transforme l’échec et l’exil en un récit où l’écriture devient une manière de se sauver. Louise Rose, Kinga Wyrzykowska et Camille Potte déplacent les codes du conte vers des territoires féministes. Guidé par la voix d’Aurore Clément, Théo Casciani explore une île intérieure aux accents mythologiques, tandis qu’Anthony Martine transmute le conte en expérience scénique afro-queer.
L'Histoire en nous
L’Histoire ne se tient pas à distance de nos vies : elle les traverse. Avec Pierre Singaravélou, l’histoire du monde se lit à partir d’un parcours singulier, entre mémoire intime et circulations globales. Une démarche que prolonge Maylis de Kerangal, du côté du roman, en explorant ce que signifie regarder le réel. L’écrivaine sera également aux côtés de Neige Sinno pour interroger les collections d’un musée marseillais et ce que les objets du passé disent encore de nous. Des récits de migration à ceux des camps de la mort, les écritures saisissent le moment où l’événement historique fait irruption dans une vie et la transforme à jamais. De la déportation racontée par Jorge Semprún au destin brisé de Kid Francis, jeune champion de boxe marseillais pris dans la tourmente des rafles du Vieux-Port, se lisent les tragédies du 20e siècle. Chowra Makaremi fait entendre la révolte iranienne, tandis que Patrick Boucheron revisite la peste noire pour en saisir les résonances contemporaines et que Philippe Sands fait du droit un outil de mémoire. À travers Marin Fouqué et Samira Negrouche, les héritages entre la France et l’Algérie trouvent une voix sensible et contemporaine. Avec ses amis musiciens, Joann Sfar donne forme et visage, par le dessin, à des mémoires en tension. Autant de manières de dire que l’Histoire ne cesse de s’écrire en nous.
Vies secrètes
La littérature a ce pouvoir singulier de sonder nos vies intérieures. Elle exhume les secrets, fait surgir les non-dits, l’incertain. Véronique Le Normand redonne vie à la peintre Hilma af Klint, pionnière de l’abstraction oubliée par l’histoire de l’art, tandis que Jakuta Alikavazovic et Christophe Boltanski sondent la famille et ses parts d’ombre. Avec Sylvie Altenburger et Hugo Lindenberg, les lieux de l’enfance deviennent des espaces clos où les identités cherchent à se construire en silence. Dans ses livres comme dans sa bibliothèque, Marie Richeux explore la persistance des absents, en écho aux voix enregistrées qu’Amaury da Cunha fait surgir comme autant de présences fantômes. Mathieu Simonet raconte comment continuer à aimer et à vivre après la disparition de l’être aimé. Avec Les livres de nos mères, les écrivains de la NRF revisitent les grandes figures maternelles
de la littérature en jouant les critiques littéraires. Mais il arrive aussi qu’on ose enfin parler de ses vies secrètes en public ! Pour la soirée anniversaire des dix ans, Péché mignon invite avec jubilation les écrivains à dévoiler leurs lectures inavouables. Et pour clore le festival, Vincent Delerm entrelace chansons et livres de chevet pour un concert littéraire inédit, où nos vies cachées se murmurent autant qu’elles se célèbrent.
Terra incognita
Explorer ce qui échappe aux cartes et résiste aux récits établis. Car lire, c’est apprendre à se perdre. Avec le collectif Stevenson, les frontières deviennent des territoires sensibles, à parcourir autrement. De la préhistoire arpentée par Marc Graciano et Pierre Schœntjes aux dérives pleines d’humour de Victor Pouchet, qui réinvente l’art de bifurquer,les récits nous poussent vers l’inconnu, jusque dans la langue elle-même avec Gertrude Stein. De la Malaisie de Tash Aw aux labyrinthes intérieurs de Benoît Coquil, les désirs masculins se cherchent une terre où se dire et s’accomplir. Marie Charrel met le cap sur l’Albanie pour dialoguer avec les forces du vivant, tandis que Neige Sinno explore, depuis le Mexique, les zones troubles de la réalité, en quête d’un autre monde qui s’invente par des voies imprévues. Laurence Potte-Bonneville et Pauline Peyrade interrogent les traces, fossiles ou existentielles, qui affleurent dans nos vies. Et avec 20 pierres, Laura Vazquez fait entendre sur scène la mémoire du minéral, du geste ancestral à la matière vivante.
Oh la jeunesse !
Histoires à sensations, aventures et imaginaires sans limites : Oh les beaux jours ! accorde une place de choix au jeune public. Avec Laure Grandbesançon, le podcast culte Frissons se déploie en public, entre récit et musique. Yann Apperry propose une lecture musicale peuplée de créatures étranges, Coco Mocote enchante le quotidien, et Jean-Claude Mourlevat donne voix à Jefferson, son irrésistible hérisson. Olivier Peyroux fait vivre en musique Le monde yiddish, et Insa Sané nous entraîne à Dakar. Du roman Sans foi ni loi de Marion Brunet réinventé en opéra western par Tim Dup aux clubs de lecture où les adolescents interrogent leurs autrices préférées, la jeunesse s’invite sur scène.