Entretien animé par Mélanie Masson
À la mort de sa mère, Sarah hérite d’une maison perdue aux confins de l’Albanie, d’une clef transmise comme une énigme et d’une consigne : « Trouve Elora. » En arrivant dans ce village accroché à la montagne, elle découvre pourtant une évidence : Elora est morte depuis longtemps, et n’existe plus que dans les récits.
Avec Nous sommes faits d’orage, Marie Charrel déploie une ample matière romanesque, où l’Albanie se révèle à nous : paysages âpres, mémoire cruelle du régime d’Enver Hoxha, poids des traditions et des silences. La montagne y façonne les existences, tout comme le kanun, ce code ancien où la vengeance du sang règle les destins. À travers deux époques, le récit fait surgir des figures prises dans ces héritages, qui cherchent, chacune à leur manière, une échappée.
Le livre avance par strates, d’un temps à l’autre, révélant des vies nouées à cette terre rugueuse. Et dans cette matière dense, presque minérale, affleurent des sensations vives : la lumière sèche, le vent, les odeurs de bois et de terre, la présence animale, la peur qui s’insinue.
Loin d’être un décor, la nature devient chez Marie Charrel une force qui imprime sa loi et façonne les vies. Un entretien pour entrer dans cette fresque habitée, où la fiction épouse les failles de l’histoire.
À lire
- Marie Charrel, Nous sommes faits d’orage, Les Léonides, 2025.
