Rencontre animée par Sonia Déchamps
Dans Le Sud, Tash Aw nous transporte dans une Malaisie brûlante à la fin des années 1990. Envoyé travailler dans une ferme familiale en déclin, Jay découvre le désir auprès de Chuan, fils du gérant. Dans cette propriété décrépite, où les équilibres familiaux vacillent, cet été prend une dimension initiatique. Par touches sensuelles, attentives aux odeurs, aux matières, aux paysages, dans une narration fragmentée qui épouse le travail de la mémoire, Tash Aw compose un récit délicat. L’éveil du désir s’y mêle à une mélancolie traversée de lumière.
Benoît Coquil ancre son roman, Pas perdu, dans une campagne française elle aussi fragilisée. Marlon, bientôt 18 ans, imagine transformer le champ de maïs familial en labyrinthe pour sauver l’exploitation. Dans ce dédale, désir et inquiétude circulent librement. Porté par une écriture inventive, parfois crue, nourrie d’art et de mythologie, le livre déploie une véritable fable queer et écologique, où le labyrinthe devient la forme même d’une émancipation en cours.
Entre lignes de fuite et horizons incertains, deux écritures très différentes révèlent ici d’autres manières d’habiter la terre et le désir.
À lire
- Tash Aw, Le Sud, traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, Flammarion, 2026.
- Benoît Coquil, Pas perdu, Rivages, 2026.
