Entretien animé par Sonia Déchamps
Au bord du Gange, un homme s’apprête à mettre fin à ses jours. Le film qu’il rêvait de faire n’existe plus, ses producteurs l’ont lâché, sa vie vacille. Et soudain, dans la brume, une apparition : Kabuliwalla, l’homme de Kaboul — figure sortie d’un conte de Tagore qu’il devait précisément adapter au cinéma — remonte le fleuve comme on traverse une légende.
À partir de cette scène, Atiq Rahimi déplace le récit. Le cinéaste se fait conteur, le personnage devient à la fois un guide et le double du narrateur. On entre dans une histoire qui ne cesse de se réécrire, où les morts circulent, où les exilés changent de visage, où un père cherche l’âme de sa fille à travers le temps.
Le livre avance ainsi, entre hallucination et transmission. Il tient dans cette tension : d’un côté, l’échec, le renoncement, un film abandonné ; de l’autre, la possibilité de reprendre ce qui a été perdu. Là où le cinéma s’est arrêté, l’écriture prend le relais. Comme dans les contes, ce qui a été défait trouve une autre forme pour survivre.
Invité pour la première fois au festival, après avoir dit la veille son admiration pour Albert Camus, Atiq Rahimi reviendra sur ce geste d’écriture qui, face à l’exil et au doute, offre une renaissance.
Retrouvez Atiq Rahimi dans Les beaux jours d’Albert Camus, le mercredi 27 mai à 14h.
À lire
- Kabuliwalla, c’est moi, P.O.L, 2026.
