Entretien animé par Élodie Karaki
Un palace en Tunisie, au bord de la Méditerranée. D’un côté, des soldats libyens mutilés par la guerre. De l’autre, des femmes venues se remettre d’opérations de chirurgie esthétique. Entre les deux : une piscine, et un face-à-face qu’on pourrait croire invraisemblable, mais qu’Arno Bertina a pourtant découvert par le récit d’un ami, témoin de cette cohabitation.
Avec Des obus, des fesses et des prothèses, l’écrivain part de cette scène bien réelle pour construire une fiction où tragique et grotesque avancent ensemble : corps amputés, corps remodelés, morphine et bandages, et partout le désir qui circule, obsédant. Quatre voix s’y succèdent : une institutrice devenue infirmière pour augmenter ses revenus, débordée par ce théâtre clinique ; un chirurgien réduit à l’état de «balle perdue», qui ausculte sa propre disparition ; une femme trop belle, qui choisit de s’enlaidir pour reprendre la main sur son corps ; un jeune homme aimanté par cet étrange et vertigineux carnaval. Tous racontent cette cour des miracles où les corps sont défaits ou refaits, et où le sexe hante autant les conversations que les silences.
Derrière la puissance de ce roman dont on entendra des extraits lus par l’auteur, le livre interroge notre époque : la guerre, les circuits invisibles de vente d’armes, l’injonction de perfection faite aux corps, la manière dont le monde s’organise autour de leur contrôle. Mais comme toujours chez Arno Bertina, la gravité ne tient jamais seule : elle se fissure et se contredit, jusqu’à faire surgir, dans ce palace sous tension, une énergie à la fois burlesque et politique, profondément humaine.
La salle Billioud n’est actuellement pas accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR) ni aux usagers en fauteuil roulant (UFR).
À lire
- Arno Bertina, Des obus, des fesses et des prothèses, Verticales, 2025.
