Entretien animé par Sonia Déchamps
Après L’Amour, François Bégaudeau revient là où on ne l’attend pas. Désertion commence en Normandie, dans une vie ordinaire faite de petits boulots, d’ennui et de passions adolescentes, jusqu’à basculer, presque sans prévenir, vers la guerre en Syrie.
Steve et Mikaël grandissent ensemble, deux frères que tout rapproche et tout oppose. L’un admire Grégory Lemarchal, défunt lauréat de la Star academy, l’autre s’en moque. Rien, a priori, ne les destine à partir combattre aux côtés des forces kurdes contre Daech. Et c’est précisément là que le roman nous bouscule : François Bégaudeau refuse les explications toutes faites. Pas de mécanique de l’engagement, pas de causalité rassurante, mais une série d’élans et de contradictions qui composent une vie.
D’un monde à l’autre, il tient une même ligne : faire surgir l’époque à partir du banal. Un « film de guerre » littéraire autant qu’un roman de formation, qui interroge ce moment où les trajectoires dévient sans que rien ne permette vraiment de dire pourquoi. C’est peut-être là que la littérature agit le plus justement : en maintenant ouvertes les zones d’ombre.
Au cours de cet entretien, François Bégaudeau évoquera également Du mépris, publié aux éditions marseillaises Cause perdue (dont il est l’un des fondateurs), essai où il s’attaque à un mot devenu réflexe, en démonte les usages et les retournements, jusqu’à en faire un possible outil d’autonomie politique.
À lire
- François Bégaudeau, Désertion, Verticales, 2026.
- François Bégaudeau, Du mépris, Cause perdue éditions, 2026.
