Entretien animé par Camille Thomine.
Après La Cache, où il explorait son ascendance paternelle, Christophe Boltanski se tourne cette fois vers la branche familiale maternelle. Tout commence à Barfleur, dans la maison de granit de son arrière-grand-père Ernest Clouet, douanier austère de ce beau village du Cotentin, face à une mer qui grignote désormais le rivage.
Dans une boîte à biscuits, retrouvée à la faveur du confinement, des lettres, des archives, et surtout une feuille pliée en quatre, qui révèle cinq poèmes rédigés à l’encre bleue, datés de la fin des années 1920, mais qui ne sont pas signés. Qui les a écrits, et à qui étaient-ils destinés ? C’est ce qui conduit Christophe Boltanski sur les chemins douaniers, remontant le fil de ces vies modestes, marquées par la tuberculose qui a décimé trois des cinq membres de cette famille normande. Son enquête le mènera dans un sanatorium de la Creuse, où sa grand-tante avait noué des amitiés ardentes, traces ténues que l’écrivain poursuit, jusque dans l’ombre des camps de la mort.
Comme le trait de côte que la mer ronge peu à peu, ces existences auraient pu disparaître sans laisser de nom. Ce magnifique récit les arrache à l’oubli. « Mes aïeux n’étaient que des fantômes réduits au silence […]. Je peux enfin les nommer. »
À lire
- Christophe Boltanski, Le Trait de côte, Stock, 2026.
