cccccc

Archives

Les beaux jours d’Erri De Luca

Erri De Luca

Entretien animé par Olivia Gesbert

Né à Naples, dans un quartier où les murs laissaient passer les cris de la rue autant que les voix des voisins, Erri De Luca a grandi au milieu des récits. Ceux qu’on entend sans les voir, et ceux qu’on garde pour soi. Entre le tumulte des ruelles et le silence de la bibliothèque paternelle, il apprend très tôt à écouter et à faire place aux mots.
À dix-huit ans, il quitte le foyer familial, franchissant ce qu’il appelle « l’abîme de la première marche ». Ce sera l’engagement politique, les années 1968, puis le travail manuel : ouvrier chez Fiat à Turin, maçon itinérant sur des chantiers en Italie, en France, en Afrique. Longtemps, l’écriture viendra après, comme un prolongement du corps, de la fatigue, du réel.

Ses livres, de Montedidio à Trois chevaux, jusqu’à ses plus récents textes, portent cette empreinte : une langue sobre, traversée d’expérience, tendue vers une idée de la liberté qu’il définit comme « un champ ouvert où l’on peut s’égarer ». Dans L’Âge expérimental, il scrute, avec Inès de la Fressange, le vieillissement comme une énigme toujours recommencée ; dans Michel-Ange. Enquête sur une disproportion, il s’attarde sur les excès du David — tête trop grande, mains démesurées — pour y voir surgir une beauté hors norme.

Au fil de cet entretien, il sera question de ces chemins multiples : de Naples et de ses voix, des langues, des œuvres qui déplacent le regard, et de celui qu’il pose sur le mystère d’œuvres iconiques, tel le David de Michel-Ange. On évoquera aussi les amitiés qui comptent — celle d’une icône de la mode, Inès de la Fressange, ou du photographe Paolo Roversi — avec lesquels il dialogue, dans la vie comme dans les livres. Erri De Luca reviendra enfin sur les liens qu’il entretient avec l’image, documentaire, photographique ou cinématographique.

Un grand entretien avec un écrivain pour qui la littérature ne sépare pas du monde, mais y ramène, obstinément —  là où les frontières vacillent, et où les voix, même les plus fragiles, trouvent encore à se faire entendre.


À lire (bibliographie sélective)
Tous les titres cités ci-dessous sont traduits de l’italien par Danièle Valin.

  • L’Âge expérimental, avec Inès de la Fressange, Gallimard, 28 mai 2026.
  • Michel-Ange. Enquête sur une disproportion, Gallimard, 2026.
  • Récits de saveurs familières, Gallimard, 2025.
  • Impossible, Gallimard, 2020.
  • Le Poids du papillon, Gallimard, 2011.
  • Au nom de la mère, Gallimard, 2006.
  • Montedidio, 2002 (prix Femina étranger 2002).
  • Tu, mio, Éditions Payot & Rivages, 1998.

Les beaux jours d’Albert Camus

Rémi Baille et Atiq Rahimi

Entretien animé par Alexandre Alajbegovic

Avec ce nouveau grand entretien posthume, le festival a choisi de célébrer, en écho à la Saison Méditerranée, la figure du prix Nobel de littérature 1957 : Albert Camus (1913-1960). Disparu en 1960 à l’âge de 46 ans, Albert Camus a laissé derrière lui une œuvre littéraire dont la portée sensible et humaniste continue de toucher les lecteurs du monde entier (il est traduit en plus de soixante langues), et d’éclairer les questionnements de notre époque, tant sur le plan individuel que collectif. 

Né en Algérie française en 1913, il grandit « à mi-distance de la misère et du soleil » : la misère du quartier pauvre de Belcourt à Alger, la beauté des plages oranaises et des ruines romaines de Tipasa. D’ascendance minorquine par sa mère, fasciné par la Grèce et ses mythes, bouleversé dans sa jeunesse par les paysages toscans qui lui inspireront ses textes de jeunesse, Camus puise au long des rives méditerranéennes ce « tragique solaire » qui jette son clair-obscur sur l’ensemble son œuvre, et culmine dans son essai L’Homme révolté : « Jetés dans l’ignoble Europe où meurt, privée de beauté et d’amitié, la plus orgueilleuse des races, nous autres, méditerranéens, vivons toujours de la même lumière. Au cœur de la nuit européenne, la pensée solaire, la civilisation au double visage, attend son aurore. »

Écrivain, essayiste, dramaturge, l’auteur de L’Étranger (1942) et de La Peste (1947) fut aussi un homme engagé dans tous les grands combats de son temps. En tant que journaliste, il dénonce dès 1939 la misère des paysans kabyles dans les pages du Soir républicain, avant d’assumer la rédaction en chef du journal clandestin Combat dans la France occupée. Ses prises de position sans concession, de même que son refus des grandes idéologies meurtrières du 20e siècle, lui valurent de virulentes querelles avec ses contemporains, dont la plus célèbre avec Jean-Paul Sartre en 1952.

Albert Camus se définissait avant tout comme un artiste, c’est ainsi que nous l’aborderons avec Atiq Rahimi, Dima Abdallah et Rémi Baille, trois écrivains fidèles lecteurs de Camus, ayant avec lui la Méditerranée en partage. Fidèle à sa tradition, ce grand entretien sera ponctué de la projection d’archives, de lectures et des témoignages de jeunes lycéens qui lisent Camus aujourd’hui.

La rencontre a lieu en extérieur, en cas de chaleur pensez à vous protéger (eau, chapeau, crème solaire).


Retrouvez Atiq Rahimi pour un entretien, le jeudi 28 mai à 14h.


À lire

  • Dima Abdallah, D’une rive à l’autre, Sabine Wespieser, 2025.
  • Rémi Baille, Les Enfants de la crique, Le Bruit du monde, 2024.
  • Atiq Rahimi, Kabuliwalla, c’est moi, P.O.L, 2026.
  • L’ensemble des livres d’Albert Camus publiés par Gallimard (collection Blanche, Folio, La Pléiade).

Les beaux jours d’Alain Guiraudie

Alain Guiraudie
Entretien animé par Chloë Cambreling

Né en Aveyron, Alain Guiraudie n’a jamais quitté tout à fait ses paysages d’origine. Les causses, les routes secondaires, les lisières de forêt : des espaces en apparence tranquilles, mais où quelque chose circule ; des désirs, des peurs, des élans qui débordent les cadres.

Depuis ses premiers films jusqu’à L’Inconnu du lac, récompensé à Cannes, ou le récent Miséricorde, son cinéma suit des corps en mouvement, des silhouettes qui s’observent, se frôlent, s’attirent, disparaissent. Chez lui, le désir est une boussole incertaine : il égare autant qu’il guide, il ouvre des possibles et des zones de trouble. Une clairière devient un lieu de rendez-vous, un lac un théâtre de fantasmes et de dangers, un trajet banal une dérive imprévisible.

Depuis 2014, il s’aventure sur les terrains mouvants de la littérature : avec Rabalaïre, roman-fleuve occitan de plus de mille pages, puis sa suite Pour les siècles des siècles, il déploie une fresque ample et indocile. Cette liberté traverse aussi ses autres livres, d’Ici commence la nuit à Persona non grata, où sa langue charnelle, généreuse, mêle humour cru et mélancolie. Il y raconte des hommes qui fuient, reviennent, désirent mal, désirent trop, cherchent leur place dans un monde qui résiste.

Au fil de cet entretien, il sera question de littérature,  mais aussi de cinéma et de photographie, de ce qui se joue dans une phrase, un regard, un corps, un paysage. On parlera de ses fidélités, de ses influences, de ce goût pour les marges — là où les normes se fissurent et où d’autres récits deviennent possibles.

Un grand entretien avec un auteur qui fait du trouble une méthode, et du désir, un terrain d’exploration.


À lire

  • Persona non grata, P.O.L, 2025.
  • Pour les siècles des siècles, P.O.L, 2024.
  • Rabalaïre, P.O.L, 2021.
  • Ici commence la nuit, P.O.L, 2014.

À voir (sélection)

  • Miséricorde, 2024.
  • Viens je t’emmène, 2022.
  • L’Inconnu du lac, 2013.
  • Pas de repos pour les braves, 2003.
  • Ce vieux rêve qui bouge, 2001.

Les beaux jours de Leonardo Padura

Leonardo Padura

Entretien animé par Arnaud Laporte

Entretien traduit de l’espagnol par Véronique Bourgois

Écrivain majeur de la littérature cubaine contemporaine, Leonardo Padura n’a cessé, livre après livre, d’explorer les tensions et les contradictions de son pays. Né à La Havane en 1955, où il vit toujours, il a donné vie à des figures inoubliables, au premier rang desquelles le détective Mario Conde, dont les enquêtes dessinent une cartographie sensible de la société cubaine.

Entre roman noir, fresque historique et chronique sociale, son œuvre interroge les héritages de la révolution, les formes de résistance du quotidien, les fractures et les rêves déçus. Mais elle est aussi indissociable d’un lieu : La Havane, ville-monde, mélancolique et vibrante, qui irrigue chacun de ses livres.

Dans Aller à La Havane, son dernier ouvrage, Padura revient au plus près de cette ville. La capitale cubaine y apparaît comme un personnage à part entière, traversée par ses fantômes, ses ruines et son énergie obstinée. Une déclaration d’amour lucide à un territoire auquel il demeure profondément attaché : « Cuba, c’est mon pays, ma culture, ma langue… ». Un pays dont la vitalité tenace, sous sa plume, ne cesse de défier la fiction.

Au cours de cet entretien où l’on remontera le fil de son œuvre, on entendra son éditrice française Anne-Marie Métailié, qui l’accompagne depuis ses débuts, et sa traductrice et amie Elena Zayas. Toutes deux témoigneront de cette aventure littéraire au long cours. Photographies, lectures et images d’archives ponctueront aussi cette conversation, où il sera même question de sa passion pour le baseball…

Dans un monde où tant d’écrivains sont contraints à l’exil ou au silence, la présence rare de Leonardo Padura, qui a choisi de rester à Cuba pour continuer à écrire, donne à cette rencontre une résonance particulière. Une occasion précieuse d’entendre l’une des grandes voix de notre temps, résolument tournée vers le monde.

En coréalisation avec le Mucem.


À lire (sélection)

  • Aller à La Havane, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, Métailié, 2026.
  • Poussière dans le vent, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, Métailié, 2021.
  • Hérétiques, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, Métailié, 2014.
  • L’Homme qui aimait les chiens, traduit par René Solis et Elena Zayas, Métailié, 2011.
  • La série des enquêtes de Mario Conde, traduits par René Solis et Mara Hernandez, Métaillié.

Les beaux jours de Delphine de Vigan

Delphine de Vigan

Entretien animé par Camille Thomine.

Depuis ses premiers livres, Delphine de Vigan avance au plus près des fragilités contemporaines. Elle regarde là où ça vacille : dans les corps, dans les liens familiaux, dans les espaces où l’on perd pied sans toujours savoir pourquoi.

De Jours sans faim à Rien ne s’oppose à la nuit, elle explore d’abord l’intime, ses silences, ses héritages, ses failles ; cette part de nous qui résiste autant qu’elle nous expose. Puis le regard s’élargit : l’entreprise dans Les Heures souterraines, le vertige du double dans D’après une histoire vraie, les mises en scène de soi dans Les enfants sont rois. À chaque fois, une même attention aux mécanismes invisibles, aux formes d’emprise qui se glissent dans le quotidien.

Avec Je suis Romane Monnier, elle invente un dispositif simple et troublant : une jeune femme confie son smartphone à un inconnu, lui donnant accès à ses messages, ses photos, ses fragments de vie. À partir de cette matière — intime, banale, parfois vertigineuse — se dessine une double enquête. Celle d’un homme qui tente de comprendre qui est Romane, et qui, peu à peu, se retrouve face à lui-même. Celle, plus diffuse, de nos existences numériques : ce que nous y déposons, ce que nous y cachons, ce qu’il reste de nous dans ces traces accumulées.

Au fil de cet entretien, Delphine de Vigan reviendra sur ce chemin d’écriture, sur ce qui déclenche un livre, sur ce qu’on choisit de dire ou de taire. On parlera des figures qui l’accompagnent, des histoires qui insistent, de cette manière très singulière qu’elle a de capter l’époque sans jamais la figer.

Un grand entretien avec une écrivaine qui, sans hausser la voix, met au jour ce qui travaille nos vies et nous oblige à les regarder autrement.


À lire (sélection)

  • Je suis Romane Monnier, Gallimard, 2026.
  • D’après une histoire vraie, JC Lattès, 2015 (prix Renaudot 2015 ; prix Goncourt des lycéens 2015).
  • Rien ne s’oppose à la nuit, JC Lattès, 2011 (Grand prix des lectrices Elle 2012 ; ​​ prix du roman Fnac 2011 ;  prix Roman France Télévisions 2011 ; prix Renaudot des lycéens 2011).