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Les livres de nos mères

Autour du dernier numéro de la NRF
Louise Chennevière
, Julien Delmaire et Lydie Salvayre

Débat animé par Olivia Gesbert.

Bonne ou mauvaise, la mère. Que nous apprend la littérature sur cette figure ?

Protectrice, adulée, absente, toxique, dévorante : la mère traverse la littérature comme une question vive, un motif inépuisable. De la mère « matricielle » — Gaïa, Marie, Anticlée — aux figures contemporaines, jusqu’à l’idée d’une IA « maternante » dont certains voient la promesse de l’avenir de l’humanité, notre imaginaire a-t-il vraiment évolué ?

Après Marcel Proust, Romain Gary, Albert Cohen, après la psychanalyse — « Un grand crocodile dans la bouche duquel vous êtes, c’est ça, la mère », disait Lacan —, comment se défaire de la culpabilité ?

À l’ère post-MeToo, alors que les femmes écrivent et réécrivent leurs histoires, que devient la figure de la mère. Et celle de la non-mère, chère à Simone de Beauvoir ?

À l’occasion du dernier numéro de La Nouvelle Revue française, intitulé La mère, une création littéraire ?, et en écho à l’exposition Bonnes mères au Mucem, Olivia Gesbert réunit plusieurs écrivains et écrivaines ayant contribué à la revue. Entre lectures fondatrices et relectures contemporaines, leurs échanges interrogent ce que la littérature fait à nos représentations de la maternité, et ce que la figure de la mère, encore aujourd’hui, continue de remuer en nous.


À lire

La mère, une création littéraire ?, La Nouvelle Revue française, n°665, juin 2026, Gallimard.
Avec des textes de Jakuta Alikavazovic, Louise Chennevière, Catherine Cusset, Julien Delmaire, Sarah Jollien-Fardel, Hervé Le Tellier, Susie Morgenstern, Lydie Salvayre…

Les beaux jours de Leonardo Padura

Leonardo Padura

Entretien animé par Arnaud Laporte

Entretien traduit de l’espagnol par Véronique Bourgois

Écrivain majeur de la littérature cubaine contemporaine, Leonardo Padura n’a cessé, livre après livre, d’explorer les tensions et les contradictions de son pays. Né à La Havane en 1955, où il vit toujours, il a donné vie à des figures inoubliables, au premier rang desquelles le détective Mario Conde, dont les enquêtes dessinent une cartographie sensible de la société cubaine.

Entre roman noir, fresque historique et chronique sociale, son œuvre interroge les héritages de la révolution, les formes de résistance du quotidien, les fractures et les rêves déçus. Mais elle est aussi indissociable d’un lieu : La Havane, ville-monde, mélancolique et vibrante, qui irrigue chacun de ses livres.

Dans Aller à La Havane, son dernier ouvrage, Padura revient au plus près de cette ville. La capitale cubaine y apparaît comme un personnage à part entière, traversé par ses fantômes, ses ruines et son énergie obstinée. Une déclaration d’amour lucide à un territoire auquel il demeure profondément attaché : « Cuba, c’est mon pays, ma culture, ma langue… ». Un pays dont la vitalité tenace, sous sa plume, ne cesse de défier la fiction.

Au cours de cet entretien où l’on remontera le fil de son œuvre, on entendra son éditrice française Anne-Marie Métailié, qui l’accompagne depuis ses débuts, et sa traductrice et amie Elena Zayas. Toutes deux témoigneront de cette aventure littéraire au long cours. Photographies, lectures et images d’archives ponctueront aussi cette conversation, où il sera même question de sa passion pour le baseball…

Dans un monde où tant d’écrivains sont contraints à l’exil ou au silence, la présence rare de Leonardo Padura, qui a choisi de rester à Cuba pour continuer à écrire, donne à cette rencontre une résonance particulière. Une occasion précieuse d’entendre l’une des grandes voix de notre temps, résolument tournée vers le monde.


À lire (sélection)

  • Aller à La Havane, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, Métailié, 2026.
  • Poussière dans le vent, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, Métailié, 2021.
  • Hérétiques, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, Métailié, 2014.
  • L’Homme qui aimait les chiens, traduit par René Solis et Elena Zayas, Métailié, 2011.
  • La série des enquêtes de Mario Conde, traduits par René Solis et Mara Hernandez, Métaillié.

Les beaux jours de Delphine de Vigan

Delphine de Vigan

Entretien animé par Camille Thomine.

Depuis ses premiers livres, Delphine de Vigan avance au plus près des fragilités contemporaines. Elle regarde là où ça vacille : dans les corps, dans les liens familiaux, dans les espaces où l’on perd pied sans toujours savoir pourquoi.

De Jours sans faim à Rien ne s’oppose à la nuit, elle explore d’abord l’intime, ses silences, ses héritages, ses failles ; cette part de nous qui résiste autant qu’elle nous expose. Puis le regard s’élargit : l’entreprise dans Les Heures souterraines, le vertige du double dans D’après une histoire vraie, les mises en scène de soi dans Les enfants sont rois. À chaque fois, une même attention aux mécanismes invisibles, aux formes d’emprise qui se glissent dans le quotidien.

Avec Je suis Romane Monnier, elle invente un dispositif simple et troublant : une jeune femme confie son smartphone à un inconnu, lui donnant accès à ses messages, ses photos, ses fragments de vie. À partir de cette matière — intime, banale, parfois vertigineuse — se dessine une double enquête. Celle d’un homme qui tente de comprendre qui est Romane, et qui, peu à peu, se retrouve face à lui-même. Celle, plus diffuse, de nos existences numériques : ce que nous y déposons, ce que nous y cachons, ce qu’il reste de nous dans ces traces accumulées.

Au fil de cet entretien, Delphine de Vigan reviendra sur ce chemin d’écriture, sur ce qui déclenche un livre, sur ce qu’on choisit de dire ou de taire. On parlera des figures qui l’accompagnent, des histoires qui insistent, de cette manière très singulière qu’elle a de capter l’époque sans jamais la figer.

Un grand entretien avec une écrivaine qui, sans hausser la voix, met au jour ce qui travaille nos vies et nous oblige à les regarder autrement.


À lire (sélection)

  • Je suis Romane Monnier, Gallimard, 2026.
  • D’après une histoire vraie, JC Lattès, 2015 (prix Renaudot 2015 ; prix Goncourt des lycéens 2015).
  • Rien ne s’oppose à la nuit, JC Lattès, 2011 (Grand prix des lectrices Elle 2012 ; ​​ prix du roman Fnac 2011 ;  prix Roman France Télévisions 2011 ; prix Renaudot des lycéens 2011).

Le droit, une mémoire du monde

Philippe Sands

Entretien animé par Chloë Cambreling

Il est rare d’entendre Philippe Sands. Et plus rare encore de l’entendre raconter.

Franco-britannique, avocat international parmi les plus influents de notre temps, il est intervenu dans des affaires majeures à l’échelle du monde — du procès Pinochet aux crimes commis en ex-Yougoslavie, des questions de génocide et de torture aux enjeux contemporains liés à l’environnement ou aux frontières maritimes. Partout, une même ligne : faire du droit un outil pour nommer, comprendre et juger l’histoire en train de se faire. Et, lorsque la justice échoue, en préserver la mémoire.

Avec 38, rue de Londres, il revient sur l’arrestation d’Augusto Pinochet à Londres en 1998 et retrace le parcours croisé de deux figures de l’impunité : le dictateur chilien et Walther Rauff, criminel nazi réfugié en Patagonie. Une enquête fascinante, tendue comme un thriller, qui pose une question brûlante : que peut le droit face à ceux qui échappent à la justice ? Et que reste-t-il quand les procès n’ont pas lieu ?
Déjà, dans Retour à Lemberg, traduit dans le monde entier, Philippe Sands faisait surgir, à partir de son histoire familiale, les origines des notions de « crime contre l’humanité » et de « génocide », inventées au XXe siècle pour nommer l’indicible.

Chez lui, le droit devient le terreau d’une littérature du réel, où se nouent destins individuels et bouleversements du monde, l’écriture prenant le relais quand la justice échoue.
Une rencontre rare avec une voix majeure, pour comprendre comment peut se construire une mémoire des crimes du siècle.


À lire

  • Philippe Sands, 38, rue de Londres. De l’impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie, traduit de l’anglais par Christophe Beslon, Albin Michel, 2025.
  • Philippe Sands, Retour à Lemberg, traduit de l’anglais par Astrid von Busekist, Albin Michel, 2017 (prix Baillie Gifford 2016 et Prix du livre européen 2016).

Le trait de côte

Christophe Boltanski

Entretien animé par Camille Thomine.

Après La Cache, où il explorait son ascendance paternelle, Christophe Boltanski se tourne cette fois vers la branche familiale maternelle. Tout commence à Barfleur, dans la maison de granit de son arrière-grand-père Ernest Clouet, douanier austère de ce beau village du Cotentin, face à une mer qui grignote désormais le rivage.

Dans une boîte à biscuits, retrouvée à la faveur du confinement, des lettres, des archives, et surtout une feuille pliée en quatre, qui révèle cinq poèmes rédigés à l’encre bleue, datés de la fin des années 1920, mais qui ne sont pas signés. Qui les a écrits, et à qui étaient-ils destinés ? C’est ce qui conduit Christophe Boltanski sur les chemins douaniers, remontant le fil de ces vies modestes, marquées par la tuberculose qui a décimé trois des cinq membres de cette famille normande. Son enquête le mènera dans un sanatorium de la Creuse, où sa grand-tante avait noué des amitiés ardentes, traces ténues que l’écrivain poursuit, jusque dans l’ombre des camps de la mort.

Comme le trait de côte que la mer ronge peu à peu, ces existences auraient pu disparaître sans laisser de nom. Ce magnifique récit les arrache à l’oubli. « Mes aïeux n’étaient que des fantômes réduits au silence […]. Je peux enfin les nommer. »


À lire

  • Christophe Boltanski, Le Trait de côte, Stock, 2026.

Le monde yiddish

Olivier Peyroux, Léa Platini et le Marseyer Klezmer Klang

Pour ouvrir joyeusement le festival dans la cour de la Vieille Charité, le sociologue Olivier Peyroux s’associe au Marseyer Klezmer Klang, orchestre marseillais dirigé par Léa Platini, pour une lecture musicale de l’album Le Monde Yiddish. Ensemble, ils font revivre une culture juive méconnue, civilisation foisonnante née en Europe de l’Est et disparue dix siècles plus tard dans la violence du 20e siècle, dont l’empreinte continue de traverser la littérature, le théâtre, les avant-gardes, jusqu’à Broadway et aux super-héros.

Ici, les mots et la musique avancent ensemble. Berceuses, chants domestiques, mélodies liturgiques : la tradition klezmer, nourrie d’influences roumaines, russes et ukrainiennes, accompagne le récit et lui donne corps. Peu à peu, c’est tout un monde sans frontières qui réapparaît, une culture yiddish inventive et profondément vivante.

Une forme accessible à tous, à découvrir en famille, pour entrer autrement dans cette mémoire et en éprouver, le temps d’une écoute, la vitalité et la force.

La rencontre a lieu en extérieur, en cas de chaleur pensez à vous protéger (eau, chapeau, crème solaire).


À lire

  • Olivier Peyroux, Arnaud Nebbache (illustrations), Le Monde yiddish, Gallimard Jeunesse, 2024.

Labyrinthes du désir

Tash Aw et Benoît Coquil

Rencontre animée par Sonia Déchamps

Dans Le Sud, Tash Aw nous transporte dans une Malaisie brûlante à la fin des années 1990. Envoyé travailler dans une ferme familiale en déclin, Jay découvre le désir auprès de Chuan, fils du gérant. Dans cette propriété décrépite, où les équilibres familiaux vacillent, cet été devient un point de bascule. Par touches sensuelles, attentives aux odeurs, aux matières, aux paysages, dans une narration fragmentée qui épouse le travail de la mémoire, Tash Aw compose un récit délicat. L’éveil du désir s’y mêle à une mélancolie traversée de lumière.

Benoît Coquil ancre son roman, Pas perdu, dans une campagne française elle aussi fragilisée. Marlon, bientôt 18 ans, imagine transformer le champ de maïs familial en labyrinthe pour sauver l’exploitation. Dans ce dédale, désir et inquiétude circulent librement. Porté par une écriture inventive, parfois crue, nourrie d’art et de mythologie, le livre déploie une véritable fable queer et écologique, où le labyrinthe devient la forme même d’une émancipation en cours.

Entre clairière et labyrinthe, lignes de fuite et horizons incertains, les écritures révèlent d’autres manières d’habiter la terre et le désir.


À lire

  • Tash Aw, Le Sud, traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, Flammarion, 2026.
  • Benoît Coquil, Pas perdu, Rivages, 2026.

La Realidad

Julien Allouf et Dorian Gallet

Mise en scène Hélène Lotito 

Texte de Neige Sinno

Adapter sur scène l’écriture de Neige Sinno, c’est faire entendre une langue à la fois intime et traversée par le monde, où le récit devient chemin, quête et déplacement. Avec La Realidad, Julien Allouf et Dorian Gallet s’y attèlent sous la forme d’une lecture musicale mêlant pop et électro.

Au cœur du livre, un voyage fondateur. En 2002, Neige Sinno découvre le Mexique et s’engage, aux côtés d’une amie, sur les routes du Chiapas, dans le sillage des luttes zapatistes. De rencontres en détours, d’espoirs politiques en désillusions, le récit avance comme une errance habitée : celle de deux jeunes femmes cherchant une place dans le monde, un territoire où vivre, une langue qui les accueille. La Realidad – nom d’un village autant que promesse d’un horizon – devient alors moins un lieu qu’une question : comment habiter un pays, une histoire qui ne sont pas les siens ?

Portée par la voix du comédien et par la musique en direct, l’écriture de Neige Sinno déploie toute sa puissance : celle d’un texte où s’entrelacent récit intime, réflexion politique et élan amoureux pour une terre et ceux qui la peuplent.

Déjà accueillis au festival l’an dernier avec une adaptation marquante du Ciel ouvert de Nicolas Mathieu, présentée au Château d’If, Julien Allouf, Dorian Gallet et Hélène Lotoito poursuivent ici leur travail de «concerts littéraires» : faire entendre autrement des écritures contemporaines.

Pensée en étroite relation avec l’autrice, cette adaptation s’accompagne de sa présence vocale. Neige Sinno sera également sur scène pour une rencontre avec Maylis de Kerangal, qui précèdera ce spectacle en accès libre.

La rencontre a lieu en extérieur, pensez à vous protéger de la chaleur (eau, chapeau, crème solaire).


Retrouvez Neige Sinno pour une rencontre avec Maylis de Kerangal, le mercredi 27 mai à 16h.


À lire

  • Neige Sinno, La Realidad, P.O.L, 2025.

La nuit au cœur

Nathacha Appanah

Entretien animé par Élodie Karaki

Une femme court dans la nuit pour échapper à l’homme qui la tient sous emprise. Cette jeune femme de vingt-cinq ans, c’est Nathacha Appanah. Des années plus tard, elle revient sur cette histoire et la relie à celles de deux autres femmes assassinées par leur conjoint : sa cousine Emma, tuée à l’île Maurice par son mari qui l’a écrasée en voiture avant d’abandonner son corps dans un fossé, et Chahinez Daoud, brûlée vive en 2021 à Mérignac par son ex-compagnon, qui l’a aspergée d’essence. Trois récits tissés ensemble avec délicatesse, trois trajectoires qui se répondent et disent une même réalité : les féminicides traversent les frontières, les milieux, les âges.

Avec La Nuit au cœur (prix Femina, prix Goncourt et Renaudot des lycéens 2025), Nathacha Appanah affronte une question vertigineuse : que peut la littérature face à l’indicible ? Comment dire l’emprise, la peur, la destruction progressive, puis la mort ? Refusant toute explication simpliste, elle avance au plus près des vies, interroge les silences, les failles et les mécanismes invisibles qui enferment.

Écrire devient alors un geste fragile et nécessaire : non pour expliquer, mais pour regarder en face ce qui détruit, et tenter, par les mots, de ne pas laisser ces vies s’effacer.


À lire

  • Nathacha Appanah, La Nuit au cœur, Gallimard, 2025 (prix Femina 2025, prix Goncourt des lycéens 2025, prix Renaudot des lycéens 2025).

La prison, de l’intérieur

Cédric Gerbehaye et Guillaume Poix

Rencontre animée par Claire Mayot

Entrer en prison, non pour juger, mais pour voir.

Pendant deux ans, l’écrivain Guillaume Poix s’est immergé dans une maison d’arrêt, partageant le quotidien des surveillants, observant leurs gestes, leurs tensions, leurs contradictions. Dans Perpétuité, il choisit de raconter une nuit au plus près de ceux qui tiennent la prison à bout de bras. Loin des figures caricaturales, avec une attention portée à chacun de ses personnages, il montre des hommes et des femmes «au bout de la chaîne», pris dans une machine qui les dépasse, où la frontière entre détenus et gardiens se trouble, où chacun endure, à sa manière, la violence du système.

Cédric Gerbehaye, quant à lui, a passé plus de dix ans à photographier des prisons bruxelloises. Avec Panoptik, il ouvre des portes rarement entrebâillées et raconte l’enfermement sur un siècle, faisant dialoguer les images qu’il a prises au cœur des cellules avec des archives pénitentiaires anthropologiques qu’il a eu l’autorisation exceptionnelle de publier. Projetées pendant la rencontre, toutes donnent à voir ce que l’on préfère ignorer : des corps, des visages, des espaces contraints où se joue une part de notre humanité.

Des mots et des images au plus juste, confrontés ici pour modifier notre regard sur la prison et interroger ce que nous faisons de la peine.


Retrouvez Guillaume Poix pour la remise du Prix littéraire du Barreau de Marseille 2026, dont il est lauréat, le jeudi 28 mai à 18h30, et pour une sieste acoustique, le vendredi 29 mai à 14h. 


À lire

  • Cédric Gerbehaye, Panoptik, avec des textes de Harald Deceulaer, Xavier Rousseaux et Vincent Spronck, Le Bec en l’air, 2026.
  • Guillaume Poix, Perpétuité, Verticales, 2025 (Prix littéraire du Barreau de Marseille 2026).