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Archives

Femme oiseau étoile

Véronique Le Normand

Entretien animé par Mélanie Masson.

« Comme on sait qu’on aime au premier regard, je me suis sentie liée à Hilma af Klint à la seule lecture de son nom. » C’est ainsi que Véronique Le Normand résume l’élan qui traverse son livre. De cette intuition naît Femme oiseau étoile, un roman d’inspiration biographique consacré à cette peintre suédoise, pionnière de l’abstraction, longtemps restée dans l’ombre.

Née en 1862, formée aux Beaux-Arts de Stockholm, Hilma af Klint mène une double vie : une peinture figurative conforme aux attentes de son temps, et, dans le secret, une œuvre radicale, nourrie de spiritualité, de visions et de forces invisibles. Spirales, cercles, formes organiques : bien avant Kandinsky, elle invente un langage libre, ouvert au surnaturel. Un siècle plus tard, alors que le Grand Palais lui consacre une exposition exceptionnelle, son œuvre apparaît dans toute son ampleur.

Écrit à la première personne, comme si Hilma elle-même prenait la parole, Femme oiseau étoile fait entendre une voix, une trajectoire, et redonne sa place à une artiste que l’histoire de l’art avait presque effacée. En regard, un deuxième livre, Le carnet d’Hilma, conçu avec l’illustratrice Lisbeth Renardy, ouvre cette histoire aux plus jeunes, par le texte et l’image

Comment redonner voix à une artiste qui a choisi de se taire ? Une invitation à entrer dans un destin hors norme : celui d’une femme qui a peint pour un monde à venir.


Pendant que les adultes découvriront la vie de Hilma af Klint à travers cet entretien, les enfants pourront retrouver Lisbeth Renardy pour un atelier Carnet-portrait, autour de la technique des papiers découpés.


À lire

  • Véronique Le Normand, Femme oiseau étoile. Le roman d’Hilma, Actes Sud, 2026.
  • Véronique Le Normand, Lisbeth Renardy (illustrations), Le carnet d’Hilma, Hélium/Grand Palais RmnÉditions, 2026.

À voir

Faire parler les absents

Amaury da Cunha et Marie Richeux

Rencontre animée par Camille Thomine.

Dans son dernier livre, Marie Richeux part sur les traces de son oncle Charles, officier radio disparu en mer en 1979, dans le naufrage jamais élucidé de l’Emmanuel Delmas. Archives, témoignages, silences : l’enquête avance au bord du vide, attentive aux voix qui restent, et qu’en femme de radio elle écoute jusqu’à l’obsession. Elle ne résout pas tout, mais rassemble les fragments d’une mémoire familiale. L’écriture devient alors un geste pour relier les vivants et les disparus.

Avec Touche fantôme, Amaury da Cunha explore une autre forme d’absence. Après la mort brutale de son frère, qui s’est donné la mort à Singapour, il continue d’écouter sa voix sur le répondeur de son téléphone portable, dont leur père ne parvient pas à résilier l’abonnement. Trace ténue, presque insoutenable, entre présence et disparition, qui dit la place qu’occupent désormais ces objets dans nos vies.

Que peut l’écriture contre l’oubli ? Et peut-on guérir de ce qu’on ne saura jamais ? Deux enquêtes intimes et délicates, traversées par une même attention aux voix, aux traces, pour tenir tête à l’effacement.


Retrouvez Marie Richeux pour un format inédit de Dans la bibliothèque de…, le samedi 30 mai à 15h.


À lire

  • Amaury da Cunha, Touche fantôme, L’Iconoclaste, 2026.
  • Marie Richeux, Officier radio, éditions Sabine Wespieser, 2025.

Gertrude Stein a 152 ans

Interventions de Philippe Blanchon et  Martin Richet
Lectures par Michaël Batalla, Philippe Blanchon,  Liliane Giraudon, David Lespiau et Martin Richet

Née en Pennsylvanie en 1874, Gertrude Stein s’installe en France avec son frère Léo en 1903. Elle s’intéresse à la peinture et devient parmi les mécènes les plus importants de la place de Paris, se démarquant par sa prédilection pour la radicalité artistique, notamment le cubisme. Elle fait de l’appartement de la rue de Fleurus qu’elle habite avec sa compagne Alice B. Toklas un lieu de rendez-vous et d’invention où se croisent Picasso, Matisse, Derain, mais aussi, dans les années 1920, des écrivains américains de la « génération perdue ».

Elle-même écrit beaucoup, s’essayant à différents genres qu’elle réinvente toujours à sa manière, faite de répétitions et d’agrégations de propositions qui tordent la grammaire et en mettent au jour les mécanismes.
Figure emblématique de la modernité en littérature, Gertrude Stein est morte à Paris en 1946. Son œuvre brillante est traduite aux éditions Cambourakis par Martin Richet. On la réentendra à travers des lectures de textes, ponctuées par les interventions éclairantes de Philippe Blanchon et de Martin Richet.


« 10. Après la poésie, Stein se tourne vers la prose romanesque, dans la même nouvelle perspective. L’autobiographie de tout le monde (1937) devra être le portrait en prise de chacun, c’est-à-dire du plus grand nombre possible de personnages. Et le portrait de chacun doit être dans le nouveau style, inspiré de la ‘la ligne vibrante’ de Picabia, de ses ‘transparences’.

12. La prose de Gertrude Stein est ‘déceptive’, trompeuse. La répétition, le ressassement égarent le lecteur. Comme l’éléphant, elle trompe énormément. Il faut lire ses écrits lentement, vraiment lentement, pour être en mesure de les apprécier. On le fait rarement (…) »

Jacques Roubaud
Préface à l’édition française de Mrs Reynolds de Gertrude Stein, traduction de Martin Richet, Cambourakis, 2018

« Quel héritage littéraire nous a laissé Miss Stein ? On emprunte certains de ses procédés (répétitions et réduction du champ lexical) sans toujours savoir qu’ils étaient le fruit d’un long processus de réflexion et d’élaboration. (…) Ils approfondissaient sa quête existentielle, singulière et profonde. »

Philippe Blanchon, Gertrude Stein, Gallimard, coll. Folio biographies, 2020

En partenariat avec le CipM.


À lire

  • Gertrude Stein, Exacte ressemblance. Brève anthologie de portraits textuels composés de 1910 à 1931, textes choisis, traduits de l’anglais (États-Unis) et préfacés par Martin Richet, Cambourakis, 2024.
  • Gertrude Stein, Ida, traduit de l’anglais (États-Unis) par Martin Richet, Cambourakis, 2024.
  • Gertrude Stein, Notre mère à tous, traduit de l’anglais (États-Unis) par Martin Richet, Cambourakis, 2022.
  • Michaël Batalla, Noir de l’Égée, Nous, 2019.
  • Philippe Blanchon, Gertrude Stein, coll. Folio biographies, Folio/Gallimard, 2020.
  • Liliane Giraudon, Pot pourri, P.O.L, 2025.
  • David Lespiau, Une danse pour les doigts humains, Éditions Héros-limite, 2024.

De Dakar à aujourd’hui

Insa Sané

À l’Alcazar, la langue se met en mouvement !

Né à Dakar, grandi entre plusieurs mondes, Insa Sané fait circuler depuis plus de vingt ans une parole vivante, entre slam, rap, théâtre et littérature jeunesse. Il raconte des vies traversées par les fractures sociales et les héritages parfois douloureux, avec cette énergie et cette malice qui permettent de tenir debout.

Pour cette lecture musicale, il compose une traversée à partir de ses romans. Un road trip entre Dakar et la France d’aujourd’hui, où se croisent adolescence, famille, galères et rêves d’émancipation. Sur scène, la langue claque et se scande : elle dit le réel, sans renoncer à l’humour.

Insa Sané invente une forme généreuse, nourrie de l’oralité du hip-hop. Une balade entre bitume et poésie, où se mêlent musique, lecture et comédie. Une invitation à entrer dans la littérature autrement, par la voix, le rythme, et le plaisir d’être ensemble.


À lire

  • Qui tire le premier ?, Rageot, 2025.
  • Sarcelles-Dakar, Sarbacane, 2006.

Dans la bibliothèque de Marie Richeux

Marie Richeux
Entretien mené par Alexandre Alajbegovic

Écrivaine et productrice sur France Culture depuis plus de dix ans, Marie Richeux anime depuis 2023 Le Book Club, un rendez-vous incontournable de l’actualité littéraire, où se croisent chaque jour de la semaine livres, écritures et expériences de lecture. Écrivains, artistes et lecteurs de tous horizons y partagent leurs enthousiasmes et leurs influences. Le vendredi, les bibliothèques sont à l’honneur ! Dans un entretien au long cours, ponctué de lectures, des personnalités d’horizons divers esquissent leur autoportrait, au fil des ouvrages ayant le plus compté, pour eux, parmi ceux qu’abritent leurs rayonnages. Une invitation à découvrir leur bibliothèque comme on remonte le fil d’une vie.

Avec la complicité de son collaborateur au Book Club, Alexandre Alajbegovic, Marie Richeux a accepté de se prêter à son propre jeu en ouvrant sa bibliothèque intime pour Oh les beaux jours !, dans un format identique à celui de l’émission. Quels livres l’ont construite ? Quels textes continuent de l’habiter ? Quelles voix l’accompagnent aujourd’hui dans son parcours d’écrivaine ?
Si vous l’écoutez régulièrement, vous savez que littérature et musique n’y sont jamais loin l’une de l’autre…


Retrouvez Marie Richeux pour une rencontre avec Amaury da Cunha, le vendredi 29 mai à 18h.


À lire

  • Marie Richeux, Officier radio, Sabine Wespieser, 2025.

Désertion

François Bégaudeau

Entretien animé par Sonia Déchamps

Après L’Amour, François Bégaudeau revient là où on ne l’attend pas. Désertion commence en Normandie, dans une vie ordinaire faite de petits boulots, d’ennui et de passions adolescentes, jusqu’à basculer, presque sans prévenir, vers la guerre en Syrie.

Steve et Mikaël grandissent ensemble, deux frères que tout rapproche et tout oppose. L’un admire Grégory Lemarchal, défunt lauréat de la Star academy, l’autre s’en moque. Rien, a priori, ne les destine à partir combattre aux côtés des forces kurdes contre Daech. Et c’est précisément là que le roman bascule et nous bouscule : François Bégaudeau refuse les explications toutes faites. Pas de mécanique de l’engagement, pas de causalité rassurante, mais une série d’élans et de contradictions qui composent une vie.

D’un monde à l’autre, il tient une même ligne : faire surgir l’époque à partir du banal. Un « film de guerre » littéraire autant qu’un roman de formation, qui interroge ce moment où les trajectoires dévient sans que rien ne permette vraiment de dire pourquoi. C’est peut-être là que la littérature agit le plus justement : en maintenant ouvertes les zones d’ombre.

Au cours de cet entretien, François Bégaudeau évoquera également Du mépris, publié aux éditions marseillaises Cause perdue (dont il est l’un des fondateurs), essai où il s’attaque à un mot devenu réflexe, en démonte les usages et les retournements, jusqu’à en faire un possible outil d’autonomie politique.


À lire

  • François Bégaudeau, Désertion, Verticales, 2026.
  • François Bégaudeau, Du mépris, Cause perdue éditions, 2026.

Des obus, des fesses et des prothèses

Arno Bertina

Entretien animé par Élodie Karaki

Un palace en Tunisie, au bord de la Méditerranée. D’un côté, des soldats libyens mutilés par la guerre. De l’autre, des femmes venues se remettre d’opérations de chirurgie esthétique. Entre les deux : une piscine, et un face-à-face qu’on pourrait croire invraisemblable, mais qu’Arno Bertina a pourtant découvert par le récit d’un ami, témoin de cette cohabitation.

Avec Des obus, des fesses et des prothèses, l’écrivain part de cette scène bien réelle pour construire une fiction où tragique et grotesque avancent ensemble : corps amputés, corps remodelés, morphine et bandages, et partout le désir qui circule, obsédant. Quatre voix s’y succèdent : une institutrice devenue infirmière pour augmenter ses revenus, débordée par ce théâtre clinique ; un chirurgien réduit à l’état de «balle perdue», qui ausculte sa propre disparition ; une femme trop belle, qui choisit de s’enlaidir pour reprendre la main sur son corps ; un jeune homme aimanté par cet étrange et vertigineux carnaval. Tous racontent cette cour des miracles où les corps sont défaits ou refaits, et où le sexe hante autant les conversations que les silences.

Derrière la puissance de ce roman dont on entendra des extraits lus par l’auteur, le livre interroge notre époque : la guerre, les circuits invisibles de vente d’armes, l’injonction de perfection faite aux corps, la manière dont le monde s’organise autour de leur contrôle. Mais comme toujours chez Arno Bertina, la gravité ne tient jamais seule : elle se fissure et se contredit, jusqu’à faire surgir, dans ce palace sous tension, une énergie à la fois burlesque et politique, profondément humaine.


À lire

  • Arno Bertina, Des obus, des fesses et des prothèses, Verticales, 2025.

Des nouvelles des collégiens – 8e édition

Lætitia Bianchi, Marwan Chahine, Tim Dup, Marie Kock, Marcus Malte, Mélanie Masson, Insa Sané et les collégiens

Rencontre animée par Nicolas Lafitte

Pour la 8e édition de ce concours qui stimule l’imagination des collégiens, cinq écrivains ont chacun accompagné une classe dans l’écriture d’une nouvelle. Une page vierge que les collégiens ont remplie durant les ateliers animés cette année par Lætitia Bianchi, Marwan Chahine, Marie Kock, Marcus Malte et Insa Sané.

Reflétant les interrogations et préoccupations de leurs jeunes auteurs, ces nouvelles nous plongent dans des intrigues à suspens qui flirtent parfois avec des mondes irréels ! Les textes ont ensuite été soumis au vote de 2500 collégiens des Bouches-du-Rhône, qui en ont débattu passionnément. Le palmarès sera dévoilé en direct, en présence des écrivains et des collégiens qui se verront remettre le recueil imprimé des cinq textes.

Nouveauté cette année : au plateau, les nouvelles seront mises en musique par un ensemble de collégiens, que l’auteur et compositeur Tim Dup a guidés lors d’ateliers pendant plusieurs semaines. Tandis qu’un groupe d’élèves du collège Marseilleveyre, encadré par la journaliste Mélanie Masson, présentera au public une émission littéraire autour de ces nouvelles, réalisée et enregistrée à Radio Grenouille.


Projet mené en collaboration avec l’académie d’Aix-Marseille, avec le soutien du Département des Bouches-du-Rhône, de la Fondation d’entreprise La Poste et de la Fondation Crédit Mutuel pour la lecture.


À lire

  • Des nouvelles des collégiens, saison 8, Oh les beaux jours !, 2026.

Déjà 10 ans !

Une fois n’est pas coutume, le festival a décidé de marquer ses dix ans en invitant ses partenaires à prendre la parole. Une manière de rappeler que cette belle aventure est rendue possible grâce aux soutiens de l’État et des collectivités locales.

Dans le cadre magnifique de la Vieille Charité, venez rencontrer les auteurs et les artistes invités, ainsi que l’équipe du festival et les bénévoles qui font vivre ces beaux jours de la littérature.

Et comme c’est jour de fête, on trinquera ensemble pour que durent encore longtemps ces frictions littéraires à Marseille !


Précédée à 18h de la lecture musicale La Realidad, à partir du récit de Neige Sinno, et en sa présence et suivie du spectacle La Cour des Contes à 21h.


La restauration est assurée sur place par le café-restaurant Ollã.

Remerciements au centre de la Vieille Charité pour son accueil tout au long de la journée.


À lire

  • Le festival dont vous le héros, un livre-jeu imaginé et édité par Oh les beaux jours !, pour découvrir les coulisses du festival et tout comprendre des enjeux d’un événement littéraire.
    En vente (5€) sur place et sur tous les lieux du festival.

 

Au grand jamais

Jakuta Alikavazovic

Entretien animé par Olivia Gesbert

La mère de la narratrice a disparu. Poète reconnue dans son pays d’origine, elle s’était peu à peu effacée en arrivant en France, jusqu’à cesser d’écrire. Dans Au grand jamais, très belle «fiction autobiographique» comme elle aime à la nommer, Jakuta Alikavazovic part de cette absence pour remonter le fil d’une histoire familiale marquées par les silences et les renoncements. S’y dessine aussi, en creux, l’histoire de l’effacement des femmes artistes, que renforcent ici les blessures de l’exil.

Née entre deux langues, élevée entre le serbo-croate et le français, l’autrice sait ce que les mots recouvrent. Devenue mère à son tour, la narratrice collecte des signes, suit des pistes fragiles, approche une vérité qui ne se livre jamais tout à fait. Car les faits ne suffisent pas à mettre au jour les non-dits des histoires familiales : ils restent inertes tant qu’une voix ne les relie, ne leur donne forme.

Et c’est précisément ce que fait Jakuta Alikavazovic, dans une langue envoûtante, parfois aux lisières du réel. Elle compose un récit en spirale, à la construction étudiée, traversé par une autre expérience du temps, non linéaire, où rien ne disparaît complètement.
L’écrivaine signe ici l’un de ses romans les plus forts, un livre de la maturité, avec un art du récit qui interroge l’acte de transmettre.


À lire

  • Jakuta Alikavazovic, Au grand jamais, Gallimard, 2025.