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Sortir du cadre

Louise Rose et Kinga Wyrzykowska

Rencontre animée par Camille Thomine

Un lapin géant offert pour un anniversaire. Une fuite pour retrouver une boîte métallique enterrée dans un jardin d’enfance. Avec Princesse et Les Projectiles, Kinga Wyrzykowska et Louise Rose inventent des récits qui avancent de travers et déjouent les attentes.

Chez Louise Rose, tout commence par une disparition. Bébé quitte son compagnon et part à la recherche d’une boîte où, enfant, elle avait enfoui quelques babioles secrètes. Sa quête minuscule devient une odyssée instable qui s’étend sur cinq jours, où les souvenirs surgissent en flashbacks comme des projectiles. Le roman s’ouvre sur le chapitre 16 — le dernier — et remonte le temps à rebours vers le moment de la fuite. S’ensuit une cavale heurtée, pleine d’accidents et d’images catapultées. La langue elle-même bifurque, trébuche, accélère, épouse les secousses d’une pensée intrépide.

Dans Princesse, Kinga Wyrzykowska ouvre sur une comédie sociale avant de déplacer brutalement le décor. Barbara Lis, cadre sup dans l’agroalimentaire, tombe amoureuse d’un plombier polonais et part s’installer avec lui dans son village natal. Là, sous le regard d’une communauté travaillée par l’ultra-conservatisme religieux et l’obsession des corps féminins, le récit se dérègle. Le lapin grandit, les rumeurs enflent, les bondieuseries aussi, et les injonctions se resserrent jusqu’à faire basculer l’histoire en une fable politique et féministe, caustique et déroutante. Un QR code prolonge même l’histoire en un faux podcast, comme si le roman débordait de ses propres limites.

Deux romans virtuoses, pleins d’humour, traversés par une énergie insolente. Ici, la forme déraille, la narration se cabre, et plus personne ne semble vraiment vouloir rentrer dans le rang.


Retrouvez Kinga Wyrzykowska pour une sieste littéraire, le samedi 30 mai à 14h.


À lire

  • Louise Rose, Les Projectiles, P.O.L, 2025.
  • Kinga Wyrzykowska, Princesse, Seuil, 2026.

Prix littéraire du Barreau de Marseille

Adèle Yon et Guillaume Poix

Rencontre et remise du prix animée par Nicolas Lafitte

Depuis 2020, le Barreau de Marseille et le festival Oh les beaux jours ! sont unis
autour de la création d’un prix littéraire récompensant un auteur ou une autrice
dont le livre (fiction ou non-fiction) traite d’un sujet en lien avec les préoccupations
professionnelles ou éthiques des avocats : sujet de société, famille, travail, droits
humains, environnement…

Composé de huit avocats et présidé cette année par Adèle Yon, le jury du Prix littéraire du Barreau de Marseille, a décerné le prix à Guillaume Poix.
Un choix qu’il résume en ces mots : « Perpétuité donne à voir la prison loin des représentations simplifiées. Guillaume Poix y restitue avec justesse une réalité faite de tensions, mais aussi d’équilibres fragiles et d’ajustements constants avec la règle. À travers une galerie de personnages finement construits, dont aucun n’est un héros, il mêle une écriture littéraire puissante à une précision documentaire jamais pesante, offrant une vision à la fois exacte et nuancée de la vie pénitentiaire. Le livre fait ainsi émerger une humanité commune, où les frontières entre surveillants et détenus se brouillent, révélant toute la complexité d’un monde trop souvent réduit à des oppositions caricaturales. »

Après avoir reçu son prix, Guillaume Poix dialoguera avec Adèle Yon, lauréate l’an dernier.


Guillaume Poix reçoit la somme de 5 000€ grâce au soutien de la Société de courtage des Barreaux et à l’Ordre des avocats du Barreau de Marseille.


Retrouvez Guillaume Poix pour une sieste littéraire, le vendredi 29 mai à 14h et pour une rencontre avec Cédric Gerbehaye, le samedi 30 mai à 16h. 


À lire

  • Adèle Yon, Mon vrai nom est Élisabeth, Éditions du sous-sol, 2025 (Prix littéraire du Barreau de Marseille 2025 ; Prix littéraire du Nouvel Obs).
  • Guillaume Poix, Perpétuité, Verticales, 2025.

Omar Sharif, ma grand-mère et moi

Marwan Chahine, Amira Ghenim, Maya Ouabadi, Abdellah Taïa et Nassera Tamer

Mise en scène Amine Adjina
Musique Fabien Aléa Nicol

Vidéo Guillaume Mika

Comme chaque année, le festival propose un ovni artistique à la croisée du spectacle et de la performance, qui ne se joue qu’une seule fois ! Après s’être valeureusement attaqué l’an dernier à la figure iconique de Mylène Farmer, en montrant comment elle pouvait fasciner certains écrivains, Oh les beaux jours ! s’associe à la Saison Méditerranée pour penser un nouvel opus de cette forme emblématique du festival.
Cinq auteurs et autrices se retrouvent sur scène en réponse à une invitation simple, celle d’écrire à partir d’une figure marquante de leur vie, célèbre ou non. Fictions, récits autobiographiques ou témoignages : les formes se mêlent portées par les textes et les voix de Marwan Chahine, Nassera Ghenim, Maya Ouabadi, Abdellah Taïa et Nassera Tamer.

Dans ce voyage libre entre les rives de la Méditerranée se croisent souvenirs, icônes, figures mythiques et héros du quotidien, donnant vie à une mémoire intime et collective. Imaginée pour une soirée unique mise en scène par Amine Adjina, cette création éphémère célèbre la circulation des imaginaires et la puissance des histoires qui nous relient.

Un spectacle programmé dans le cadre de l’ouverture de la Saison Méditerranée, dans le cadre du projet Livres des deux rives.

Ouverture des portes à 20h, restauration méditerranéenne sur place au Café du Fort.


À lire

  • Marwan Chahine, Beyrouth, 13 avril 1975. Autopsie d’une étincelle, Belfond, 2024.
  • Amira Ghenim, Le Désastre de la maison des notables, traduit de l’arabe (Tunisie) par Souad Labbize, Philippe Rey, 2024.
  • Abdellah Taïa, Le Bastion des larmes, Julliard, 2024.
  • Nassera Tamer, Allô la Place, éditions Verdier, 2025.
  • Les revues La Place (revue féministe) et Fassl (revue littéraire en arabe), publiées par les éditions Motifs, fondées à Alger par Maya Ouabadi.

Nos larmes

Maissiat avec les patients et les soignants du Centre hospitalier Valvert
Avec la participation de Léa Casadamont

Et si les larmes devenaient une force ? Avec Nos larmes, la chanteuse, autrice et compositrice Maissiat — dont l’écriture délicate et habitée explore depuis ses débuts les zones sensibles de l’intime — mène une création collective née d’ateliers d’écriture au long cours avec des patients et des soignants d’hôpitaux marseillais.

De ces échanges émergent des textes qui disent l’impuissance, la colère, le chagrin, tout ce qui, d’ordinaire, reste enfoui. Mais ici, les larmes sont précieuses et souveraines. Elles se lisent, s’écoutent et se chantent pour enluminer les souvenirs et rendre compte de nos sensibilités.

Portée sur scène par les voix mêlées des participants et la présence de Maissiat qu’accompagne la comédienne Léa Casadamont, cette performance tisse paroles et musique. À la croisée du concert et de la création littéraire, elle fait entendre une partition fragile et vibrante, où chacun trouve sa place.
Un geste artistique en forme de manifeste, un hymne au vivant et à la joie où les larmes de chacun deviennent, peu à peu, le chant de tous.


Retrouvez Maissiat pour une lecture musicale avec Mathieu Simonet, le samedi 30 mai à 18h.


À écouter

  • Maissiat, Delta, Cinq7, 2023.

Oh les beaux lecteurs ! – Victor Pouchet

Victor Pouchet interviewé par les lectrices des bibliothèques de Marseille

Depuis dix ans, Oh les beaux jours ! aime déplacer les rôles et faire entendre celles et ceux qui lisent. Cette année encore, en collaboration avec les bibliothèques de Marseille, un groupe de lectrices s’est plongé pendant plusieurs mois dans Voyage voyage, le dernier roman de Victor Pouchet. Guidées par la critique littéraire Élodie Karaki, elles en ont exploré les détours et les éclats de fantaisie.

Dans Voyage voyage, un couple prend la route après une perte, appliquant la « théorie de la grande diversion » : provoquer l’imprévu pour continuer à avancer. Musées improbables, dîners sans importance, chansons entendues par hasard — autant de détails minuscules qui redonnent du poids aux choses quand tout semble s’être dérobé. Voyage voyage est un texte à la fois drôle et tendre, qui fait de la futilité une ressource précieuse.

Le temps d’une rencontre, les lectrices passent de l’autre côté et mènent la discussion avec Victor Pouchet. Une conversation libre, où les questions prendront des chemins de traverse, à l’image de ce roman revigorant.


Retrouvez Victor Pouchet pour une conférence-performance autour de Voyage voyage samedi 30 mai à 18h30.


En partenariat avec les bibliothèques de la Ville de Marseille.


À lire

  • Victor Pouchet, Voyage voyage, coll. L’arbalète, Gallimard, 2025.

Mappa frontiera

Collectif Stevenson (avec Jean-Marc Besse, Marie Chéné, Eugénie Denarnaud et Guillaume Monsaingeon)

« On me dit que certains ne s’intéressent pas aux cartes ; j’ai peine à le croire… » À partir de cette phrase de Robert Louis Stevenson, un collectif singulier — réunissant philosophes, géographes, cartographes, artistes et chercheurs — explore depuis plusieurs années nos manières de représenter le monde.

Après Mappa Insulae, Mappa Mundi, Mappa Graphica ou Mappa Italiae, leur nouvelle création, Mappa Frontiera, s’attache à ces lignes qui découpent les territoires. Longtemps zones mouvantes, faites de passages et de frictions, les frontières sont devenues des tracés nets, administrés, parfois militarisés. Mais ces lignes, en apparence fixes, restent instables, chargées d’histoires, de conflits et porteuses d’imaginaires.

Fidèle à leur méthode, le collectif compose un atlas libre : à chaque double page, un texte, érudit ou littéraire, dialogue avec une carte, un document, une image glanée aux quatre coins du monde. Un cabinet de curiosités cartographiques, que l’on feuillette en circulant librement.

Publié à Marseille par les éditions Parenthèses, Mappa Frontiera prolonge cette joyeuse aventure. Sur scène, le collectif en partage la fabrique dans une conférence-lecture vivante, ponctuée de projections : un voyage à travers les siècles et les continents, où l’on passe d’une carte du Brésil au XVIIᵉ siècle,  encore lacunaire et peuplée de zones inconnues, au tracé de la zone séparant les deux Corées, une bande de huit à dix kilomètres parmi les plus inaccessibles du monde.
Une traversée ludique et généreuse, guidée par le plaisir, intact, de regarder le monde autrement.


À lire

  • Mappa frontiera, Collectif Stevenson, Éditions Parenthèses, 2026.
  • Mappa italiae, Éditions Parenthèses, 2025.
  • Mappa graphica, Éditions Parenthèses, 2024.
  • Mappa naturae, Éditions Parenthèses, 2023.
  • Mappa urbis, Éditions Parenthèses, 2021.
  • Mappa insulae, Éditions Parenthèses, 2019.

Nous sommes faits d’orage

Marie Charrel

Entretien animé par Mélanie Masson

À la mort de sa mère, Sarah hérite d’une maison perdue aux confins de l’Albanie, d’une clef transmise comme une énigme et d’une consigne : « Trouve Elora. » En arrivant dans ce village accroché à la montagne, elle découvre pourtant une évidence : Elora est morte depuis longtemps, et n’existe plus que dans les récits.

Avec Nous sommes faits d’orage, Marie Charrel déploie une ample matière romanesque, où l’Albanie se révèle à nous : paysages âpres, mémoire cruelle du régime d’Enver Hoxha, poids des traditions et des silences. La montagne y façonne les existences, tout comme le kanun, ce code ancien où la vengeance du sang règle les destins. À travers deux époques, le récit fait surgir des figures prises dans ces héritages, qui cherchent, chacune à leur manière, une échappée.
Le livre avance par strates, d’un temps à l’autre, révélant des vies noués à cette terre rugueuse. Et dans cette matière dense, presque minérale, affleurent des sensations vives : la lumière sèche, le vent, les odeurs de bois et de terre, la présence animale, la peur qui s’insinue.

Loin d’être un décor, la nature devient chez Marie Charrel une force qui imprime sa loi et façonne les vies. Un entretien pour entrer dans cette fresque habitée, où la fiction épouse les failles de l’histoire.


À lire

  • Marie Charrel, Nous sommes faits d’orage, Les Léonides, 2025.

Les beaux jours d’Erri De Luca

Erri De Luca

Entretien animé par Olivia Gesbert

Né à Naples, dans un quartier où les murs laissaient passer les cris de la rue autant que les voix des voisins, Erri De Luca a grandi au milieu des récits. Ceux qu’on entend sans les voir, et ceux qu’on garde pour soi. Entre le tumulte des ruelles et le silence de la bibliothèque paternelle, il apprend très tôt à écouter et à faire place aux mots.
À dix-huit ans, il quitte le foyer familial, franchissant ce qu’il appelle « l’abîme de la première marche ». Ce sera l’engagement politique, les années 1968, puis le travail manuel : ouvrier chez Fiat à Turin, maçon itinérant sur des chantiers en Italie, en France, en Afrique. Longtemps, l’écriture viendra après, comme un prolongement du corps, de la fatigue, du réel.

Ses livres, de Montedidio à Trois chevaux, jusqu’à ses plus récents textes, portent cette empreinte : une langue sobre, traversée d’expérience, tendue vers une idée de la liberté qu’il définit comme « un champ ouvert où l’on peut s’égarer ». Dans L’Âge expérimental, il scrute, avec Inès de la Fressange, le vieillissement comme une énigme toujours recommencée ; dans Michel-Ange. Enquête sur une disproportion, il s’attarde sur les excès du David — tête trop grande, mains démesurées — pour y voir surgir une beauté hors norme.

Au fil de cet entretien, il sera question de ces chemins multiples : de Naples et de ses voix, des langues, des œuvres qui déplacent le regard, des amitiés qui comptent : celle du poète bosniaque Izet Sarajli, rencontré pendant la guerre, ou du photographe Paolo Roversi, avec qui il dialogue entre images et mots. On entendra aussi les chants de Roberto Murolo, qui stimulent son imaginaire.

Un grand entretien avec un écrivain pour qui la littérature ne sépare pas du monde, mais y ramène, obstinément —  là où les frontières vacillent, et où les voix, même les plus fragiles, trouvent encore à se faire entendre.


À lire (bibliographie sélective)

  • L’Âge expérimental, avec Inès de la Fressange, Gallimard, 28 mai 2026.
  • Michel-Ange. Enquête sur une disproportion, Gallimard, 2026.
  • Récits de saveurs familières, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2025.
  • Impossible, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2020.
  • Le Poids du papillon, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2011.
  • Au nom de la mère, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2006.
  • Montedidio, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2002 (prix Femina étranger 2002).
  • Tu, mio, traduit de l’italien par Danièle Valin, Éditions Payot & Rivages, 1998.

Les beaux jours d’Albert Camus

Dima Abdallah, Rémi Baille et Atiq Rahimi

Entretien animé par Alexandre Alajbegovic

Avec ce nouveau grand entretien posthume, le festival a choisi de célébrer, en écho à la Saison Méditerranée, la figure du prix Nobel de littérature 1957 : Albert Camus (1913-1960). Disparu en 1960 à l’âge de 46 ans, Albert Camus a laissé derrière lui une œuvre littéraire dont la portée sensible et humaniste continue de toucher les lecteurs du monde entier (il est traduit en plus de soixante langues), et d’éclairer les questionnements de notre époque, tant sur le plan individuel que collectif. 

Né en Algérie française en 1913, il grandit « à mi-distance de la misère et du soleil » : la misère du quartier pauvre de Belcourt à Alger, la beauté des plages oranaises et des ruines romaines de Tipasa. D’ascendance minorquine par sa mère, fasciné par la Grèce et ses mythes, bouleversé dans sa jeunesse par les paysages toscans qui lui inspireront ses textes de jeunesse, Camus puise au long des rives méditerranéennes ce « tragique solaire » qui jette son clair-obscur sur l’ensemble son œuvre, et culmine dans son essai L’Homme révolté : « Jetés dans l’ignoble Europe où meurt, privée de beauté et d’amitié, la plus orgueilleuse des races, nous autres, méditerranéens, vivons toujours de la même lumière. Au cœur de la nuit européenne, la pensée solaire, la civilisation au double visage, attend son aurore. »

Écrivain, essayiste, dramaturge, l’auteur de L’Étranger (1942) et de La Peste (1947) fut aussi un homme engagé dans tous les grands combats de son temps. En tant que journaliste, il dénonce dès 1939 la misère des paysans kabyles dans les pages du Soir républicain, avant d’assumer la rédaction en chef du journal clandestin Combat dans la France occupée.  Ses prises de position sans concession, de même que son refus des grandes idéologies meurtrières du 20e siècle, lui valurent de virulentes querelles avec ses contemporains, dont la plus célèbre avec Jean-Paul Sartre en 1952.

Albert Camus se définissait avant tout comme un artiste, c’est ainsi que nous l’aborderons avec Atiq Rahimi, Dima Abdallah et Rémi Baille, trois écrivains fidèles lecteurs de Camus, ayant avec lui la Méditerranée en partage. Fidèle à sa tradition, ce grand entretien sera ponctué de la projection d’archives, de lectures et de témoignages.

La rencontre a lieu en extérieur, pensez à vous protéger de la chaleur (eau, chapeau, crème solaire).


Retrouvez Atiq Rahimi pour un entretien, le jeudi 28 mai à 14h.


À lire

  • Dima Abdallah, D’une rive à l’autre, Sabine Wespieser, 2025.
  • Rémi Baille, Les Enfants de la crique, Le Bruit du monde, 2024.
  • Atiq Rahimi, Kabuliwalla, c’est moi, P.O.L, 2026.
  • L’ensemble des livres d’Albert Camus.

Les beaux jours d’Alain Guiraudie

Alain Guiraudie
Entretien animé par Chloë Cambreling

Né en Aveyron, Alain Guiraudie n’a jamais quitté tout à fait ses paysages d’origine. Les causses, les routes secondaires, les lisières de forêt : des espaces en apparence tranquilles, mais où quelque chose circule ; des désirs, des peurs, des élans qui débordent les cadres.

Depuis ses premiers films jusqu’à L’Inconnu du lac, récompensé à Cannes, ou le récent Miséricorde, son cinéma suit des corps en mouvement, des silhouettes qui s’observent, se frôlent, s’attirent, disparaissent. Chez lui, le désir est une boussole incertaine : il égare autant qu’il guide, il ouvre des possibles et des zones de trouble. Une clairière devient un lieu de rendez-vous, un lac un théâtre de fantasmes et de dangers, un trajet banal une dérive imprévisible.

Depuis 2014, il s’aventure sur les terrains mouvants de la littérature : avec Rabalaïre, roman-fleuve occitan de plus de mille pages, puis sa suite Pour les siècles des siècles, il déploie une fresque ample et indocile. Cette liberté traverse aussi ses autres livres, d’Ici commence la nuit à Persona non grata, où sa langue charnelle, généreuse, mêle humour cru et mélancolie. Il y raconte des hommes qui fuient, reviennent, désirent mal, désirent trop, cherchent leur place dans un monde qui résiste.

Au fil de cet entretien, il sera question de littérature et aussi de cinéma, de ce qui se joue dans une phrase, un regard, un corps, un paysage. On parlera de ses fidélités, de ses influences, de ce goût pour les marges — là où les normes se fissurent et où d’autres récits deviennent possibles.

Un grand entretien avec un auteur qui fait du trouble une méthode, et du désir, un terrain d’exploration.


À lire

  • Persona non grata, P.O.L, 2025.
  • Pour les siècles des siècles, P.O.L, 2024.
  • Rabalaïre, P.O.L, 2021.
  • Ici commence la nuit, P.O.L, 2014.

À voir (sélection)

  • Miséricorde, 2024.
  • Viens je t’emmène, 2022.
  • L’Inconnu du lac, 2013.
  • Pas de repos pour les braves, 2003.
  • Ce vieux rêve qui bouge, 2001.