Laure Murat
Entretien animé par Olivia Gesbert
Depuis quelques années, un malaise s’est installé dans la culture contemporaine. Le débat sur la réécriture des classiques pour les purger du racisme et du sexisme, la censure, les sensitivity readers et la contextualisation des œuvres agite la scène culturelle, en France comme aux États-Unis.
Dans un essai incisif et nuancé, Laure Murat interroge les véritables enjeux de ces polémiques. S’appuyant sur des exemples concrets – de Mark Twain à Roald Dahl, en passant par Hergé ou Agatha Christie –, elle démonte les idées reçues et invite à dépasser les oppositions simplistes entre défense de la création et exigences de sensibilisation. Elle questionne la place de l’argent, du marché et des nouveaux acteurs de l’édition dans ces débats, tout en rappelant que la censure peut venir d’endroits inattendus et que la création artistique est toujours traversée par les tensions de son temps.
Avec la rigueur de l’historienne et la liberté de ton de l’essayiste, elle propose une réflexion profonde sur la responsabilité des artistes, le rôle de la littérature et la dimension politique de toute création.
Professeure à l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA), Laure Murat s’est imposée comme une voix majeure dans les débats contemporains sur la culture, la mémoire et la démocratie. Son regard, nourri par une double culture franco-américaine et une œuvre saluée par de nombreux prix, dont le Médicis essai pour Proust, roman familial, éclaire avec finesse et originalité les fractures de notre époque et la nécessité de défendre une pensée complexe face aux crispations identitaires.
À lire
- Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses, Éditions Verdier, 2025.
Renaud Boukh, Anaïs Enon, Julie Rousse et Kalidou Sy
Rencontre animée par Claire Mayot
Figure incontournable du cinéma et de la littérature africaine, l’artiste sénégalais Ousmane Sembène (1923-2007) a marqué son époque par son œuvre visionnaire et anticolonialiste. Arrivé clandestinement à Marseille en 1946, il y travaille comme docker, une expérience qui marquera profondément son engagement social et politique, mais aussi culturel. Une vie intense, faite de luttes contre les injustices sociales et les préjugés raciaux, que racontent Anaïs Enon et Julie Rousse dans un passionnant podcast documentaire qu’elles présenteront en compagnie de Renaud Boukh – qui a réédité Le Docker noir, l’un des romans phares de Sembène – et de Kalidou Sy, chercheur, qui interviendra depuis Saint-Louis du Sénégal.
Cette discussion sera précédée par une lecture d’extraits de textes de Sembène lus et mixés avec les sons de Marseille et du Sénégal, performée en direct par les deux autrices du podcast.
En partenariat avec le musée d’Histoire de Marseille et Radio Grenouille.
Cette rencontre est suivie d’une écoute de podcast dans le site archéologique du Port antique en plein air, à partir de 19h.
À lire
- Ousmane Sembène, Le Docker noir, Éditions Héliotropismes, 2023.
À écouter
- Le podcast Sembène 2.0., l’aîné des anciens.
Les Rencontres de la NRF
Rencontre animée par Olivia Gesbert avec Constantin Alexandrakis, Jérôme Ferrari…
Revue légendaire des éditions Gallimard, la Nouvelle Revue française – la célèbre NRF – a été fondée en 1909 par André Gide et a accueilli dès ses débuts aussi bien la jeune garde littéraire que des écrivains majeurs : Paul Claudel, Marcel Proust, Paul Valéry, Eugène Ionesco… Lieu d’exigence et d’ouverture, la NRF s’est imposée comme la grande scène des débats esthétiques et littéraires du 20e siècle, accompagnant, décennie après décennie, les évolutions du roman, du théâtre, de la critique et de la poésie. Aujourd’hui dirigée par Olivia Gesbert, la revue poursuit son aventure dans une formule renouvelée, fidèle à l’esprit collectif de ses origines : raconter le monde et accueillir la littérature en train de se faire.
Son dernier numéro paraît en même temps que s’ouvre festival et explore un thème aux enjeux excitants : «Que faire de nos vengeances ?» On se souvient des propos d’Annie Ernaux qui dit écrire pour «venger sa race». Le temps des vengeances est-il venu ? La NRF a posé la question à des auteurs et autrices aussi divers que Vanessa Springora, Philippe Claudel, Laurent Gaudé, Constantin Alexandrakis, Rim Battal, Marcus Malte…
Aux côtés d’Olivia Gesbert, Constantin Alexandrakis et Jérôme Ferrari interrogeront la légitimité, la nécessité ou le danger de cette pulsion dans la littérature contemporaine.
Un débat prometteur qui sied parfaitement à une revue centenaire, mais toujours indocile, qui n’a rien perdu de son tranchant et reste ce lieu où la langue, parfois, mord avant de consoler !
En partenariat avec la NRF.
À lire
- La Nouvelle revue française, dirigée par Olivia Gesbert, Gallimard, 2024, 2025.
Retrouvez Constantin Alexandrakis le vendredi 30 mai au conservatoire Pierre Barbizet pour une rencontre avec Rebecca Lighieri et Jérôme Ferrari le dimanche 1er juin au Mucem pour un entretien autour de son livre Nord Sentinelle.
Yamina Benahmed Daho, présidente du jury, et les lauréats
Remise du prix en présence d’Eric Berton, président d’Aix-Marseille Université
Rencontre animée par Fabienne Pavia
Depuis 2020, le prix Écriture et création décerné conjointement par amU et Oh les beaux jours !, s’adresse spécifiquement aux étudiants. Nouvelle, court récit, poème, journal, bande dessinée ; fiction ou non-fiction, essai littéraire ou autobiographie… tous les genres et les formes sont permis, à condition que les auteurs respectent le thème proposé cette année : À la source. Il est inspiré par le roman La source des fantômes de la présidente du jury Yamina Benahmed Daho.
Lors de la remise de prix, les dix lauréats et lauréates reçoivent les commentaires de l’écrivaine sur leur production, bénéficiant ainsi d’une masterclasse personnalisée. Le texte qui reçoit le premier prix est lu sur scène et l’ensemble des productions retenues sera édité à l’automne dans un livre coédité par amU et le Oh les beaux jours !.
En partenariat avec Aix-Marseille Université.
À lire
- Yamina Benahmed Daho La Source des fantômes (coll; « L’Arbalète», Gallimard, 2023)
- L’envers du monde, amU/Oh les beaux jours !, 2024. Ce recueil des textes récompensés l’an dernier est en accès libre ici.
Cati Baur et Constance Joly
Rencontre animée par Sonia Déchamps
Marcie, la BD de Caty Baur, nous entraîne dans le quotidien de Caroline, fraîchement licenciée à l’approche de la cinquantaine et confrontée à la périménopause. Devenue presque invisible aux yeux de la société, elle décide pourtant de transformer cette discrétion en force. La voilà qui se réinvente en détective privée, jusqu’à New York, renouant ainsi avec son identité profonde, Marcie Bangor. Avec une fantaisie n’excluant jamais la justesse, Cati Baur signe une BD feel-good au trait coloré et aux dialogues savoureux, qui détourne malicieusement les codes du genre pour aborder ce moment de bascule féminin.
Dans Reverdir, Constance Joly suit elle aussi le parcours d’une femme de cinquante ans prise dans la tourmente : sa mère s’efface dans l’Alzheimer, son mariage s’effondre, sa fille s’apprête à quitter la maison. Entre pertes et renoncements, le roman explore la possibilité de « reverdir », de renaître à soi-même au fil des épreuves, des rencontres et de nouveaux désirs. Avec une lucidité joyeuse, Constance Joly donne chair à la fragilité, interrogeant la reconstruction de soi à l’âge mûr et la capacité à aimer encore, malgré tout.
Deux héroïnes inoubliables qui, au cœur de la tourmente, refusent de disparaître et célèbrent la vitalité de celles qu’on croit effacées. Dans un monde qui valorise la jeunesse et l’apparence, BD et roman résonnent ici comme une ode à la liberté de se réinventer, à l’humour salvateur et à la puissance de la solidarité féminine.
À lire
- Cati Baur, Marcie, Dargaud, 2025.
- Constance Joly, Reverdir, Flammarion, 2025.
Hélène Gaudy dialogue avec ses lecteurs autour d’Archipels
Rencontre animée par les lecteurs des bibliothèques de Marseille
En collaboration avec les bibliothèques de Marseille, un groupe de lecteurs et de lectrices a échangé durant plusieurs mois autour du dernier roman d’Hélène Gaudy, Archipels. Guidés par la critique littéraire Élodie Karaki, ils ont exploré les multiples facettes de ce texte sensible, qui interroge la mémoire familiale et la transmission silencieuse entre générations.
Dans ce roman, finaliste du prix Goncourt, Hélène Gaudy entreprend une véritable enquête intime sur son père : elle fouille les archives, les paysages et les silences pour recomposer la trame d’une vie, d’une époque, d’un lien filial. Elle offre à cet homme qui porte le prénom d’une île un lieu insubmersible à l’oubli, et aux lecteurs un récit d’une grande beauté, où l’écriture devient mémoire vivante.
Lors de cette rencontre, ils prendront la parole pour dialoguer avec la romancière. Un moment d’échange autour d’un roman qui fait résonner, avec délicatesse, les mystères de nos vies et la puissance de la littérature à les éclairer.
En partenariat avec les bibliothèques de la Ville de Marseille.
À lire
- Hélène Gaudy, Archipels, Éditions de L’Olivier, 2024.
Retrouvez Hélène Gaudy le jeudi 29 mai à La Criée pour une lecture musicale autour de son livre Archipels.
Jérôme Ferrari
Entretien animé par Olivia Gesbert
Dans Nord Sentinelle, Jérôme Ferrari ne s’attaque à rien moins que la violence et la médiocrité, à travers le destin d’Alexandre Romani, fils d’une famille influente de Corse. Propriétaire d’un restaurant, Alexandre commet l’irréparable. À la suite d’une querelle absurde autour d’une bouteille de vin, il poignarde un ami d’enfance venu du continent. Loin d’être lui-même exempt de défauts, le narrateur retrace cette tragédie où le grotesque le dispute au dérisoire, explorant la charge toxique de certaines légendes locales et le poids des mythes virilistes.
Sous-titré Contes de l’indigène et du voyageur, Nord Sentinelle épingle aussi avec ironie les ravages du tourisme de masse sur l’île et ses habitants : rancunes sociales, hypocrisie touristique, désir d’authenticité dévoyé. Entre polar, conte philosophique, satire sociale et tragédie grecque, Jérôme Ferrari poursuit avec finesse et férocité son implacable dissection des rapports humains et signe un roman acéré sur la perte de sens et la possible nécessité de redéfinir les frontières – géographiques, symboliques, morales.
Pour clore cette intense semaine de frictions littéraires, Oh les beaux jours ! est heureux d’accueillir pour la première fois Jérôme Ferrari, un écrivain qui ausculte notre époque avec précision et mordant.
En coréalisation avec le Mucem.
À lire
- Jérôme Ferrari, Nord Sentinelle, Actes Sud, 2024.
Retrouvez Jérôme Ferrari samedi 31 mai à 14h, à la bibliothèque de l’Alcazar, lors de la rencontre Que faire de nos vengeances ? de la NRF.
Maylis de Kerangal
Comment entrer dans un roman avec nos oreilles plutôt qu’avec nos yeux ? Les livres que nous lisons seuls sont-ils «silencieux» ? Associé au GMEM, Oh les beaux jours ! vous propose une expérience sensorielle unique : sous un dôme mobile conçu par l’Ircam, équipé de 40 enceintes et d’une technologie ambisonique de pointe qui déplace les seuils de perception et ouvre des espaces vierges à l’imaginaire, plongez dans le programme Musiques-Fictions. Des créations associant un auteur et un compositeur, qui renouvellent en profondeur le genre de la fiction radiophonique en dépassant la simple illustration sonore du récit ou du dialogue.
Au GMEM, nous vous proposons l’écoute de deux créations, l’une à partir d’un texte inédit d’Olivia Rosenthal (samedi 31 mai), l’autre à partir du roman Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal (dimanche 1er juin).
Pour adapter le roman Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, le compositeur Daniele Ghisi imagine des passages de sons de l’avant vers l’arrière, pour «nous mettre au milieu d’un pont, avec des voitures qui passent à côté de nous». Une création saluée par Maylis de Kerangal, car elle «fait entendre un texte recréé, métamorphosé par la musique, les ondes et la vocalité. L’œuvre de Daniele Ghisi est un amplificateur romanesque, elle permet que se propage la fiction.»
Petit bonus pour les festivaliers : la séance d’écoute sera suivie d’un temps d’échange en direct avec Maylis de Kerangal, par ailleurs invitée au festival !
En coréalisation avec le GMEM.
Nous sommes complets mais vous pouvez tenter votre chance sur place 30 minutes avant !
À lire
- Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont, Éditions Verticales, 2010.
À découvrir
À écouter
- Daniele Ghisi, perpetualbachmachines.eu, 2023.
Retrouvez Maylis de Kerangal le samedi 31 mai à 14h30 au Conservatoire Pierre Barbizet, pour un entretien autour de son livre Jour de ressac.
Olivia Rosenthal et Christian Sebille
Comment entrer dans un roman avec nos oreilles plutôt qu’avec nos yeux ? Les livres que nous lisons seuls sont-ils «silencieux» ? Associé au GMEM, Oh les beaux jours ! vous propose une expérience sensorielle unique : sous un dôme mobile conçu par l’Ircam, équipé de 40 enceintes et d’une technologie ambisonique de pointe qui déplace les seuils de perception et ouvre des espaces vierges à l’imaginaire, plongez dans le programme Musiques-Fictions. Des créations associant un auteur et un compositeur, qui renouvellent en profondeur le genre de la fiction radiophonique en dépassant la simple illustration sonore du récit ou du dialogue.
Nous vous proposons l’écoute de deux créations, l’une à partir d’un texte inédit d’Olivia Rosenthal (samedi 31 mai), l’autre à partir du roman Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal (dimanche 1er juin).
En voiture ! : tel est le titre de l’épisode imaginé par l’écrivaine Olivia Rosenthal, le compositeur Christian Sebille et la metteuse en scène Célie Pauthe, qui ont décidé de raconter l’histoire à la fois intime, sociale et générationnelle de la voiture, de la DS des années 1960 jusqu’aux Tesla et autres véhicules automatisés qui vont bientôt régner sur nos déplacements. Grâce au dispositif d’écoute proposé par l’Ircam, ils ont créé ensemble un univers immersif composé de voix, de rythmes, de chocs, de sons, de souvenirs d’accidents… En tissant paroles, bruits, ritournelles et autres effets musicaux, ils font ainsi entendre la complexité et la richesse de ce qui nous lie à la voiture.
Petit bonus pour les festivaliers : cette écoute exceptionnelle sera suivie d’un temps d’échange en direct avec Olivia Rosenthal et Christian Sebille !
En coréalisation avec le GMEM.
À découvrir
Retrouvez Olivia Rosenthal samedi 31 mai, à 18h30 pour la lecture de son roman Une femme sur le fil.
Albin de la Simone
Entretien animé par Camille Thomine
Fidèle compagnon musical d’Oh les beaux jours !, Albin de la Simone ne pouvait pas passer à côté du festival pour y présenter son premier livre ! Mêlant ses mots et ses dessins, il a imaginé un ouvrage singulier qui, par petites touches picturales et intimes, dévoile son enfance guidée par un père hors-norme. Car, loin d’une vie d’aristocrate que ses camarades ont tôt fait de lui prêter, la famille De la Simone mène malgré tout une existence romanesque : un château pour maison, des promenades en avion, des voitures de collection dans le jardin et des vacances privilégiées au soleil ou à la montagne.
«Est-ce que je suis toute seule avec mes battements ?», s’interrogeait Françoise Hardy dans une chanson. Les hauts, les bas, les émotions fortes et les arythmies, Albin de la Simone les partage régulièrement avec ses abonnés sur les réseaux sociaux en publiant ses dessins faits en tournée, dans les hôtels ou sur les routes. Avec pudeur, il évoque ses jeunes années en Picardie, poursuit ce voyage intérieur à l’adolescence, puis à ses débuts comme musicien, entre jazz et rock, avant de se faire une place de choix dans la chanson.
Ce récit illustré résonne naturellement avec l’univers de ses chansons : douceur, mélancolie lumineuse, art de saisir les émotions fugaces et de raconter l’intime avec simplicité. Comme dans ses albums, Albin de la Simone explore ici les pulsations de la vie, offrant un livre aussi attachant et élégant que ses mélodies dont il viendra nous parler.
À lire
- Albin de la Simone, Mes battements, Actes Sud, 2025.
À écouter
- Albin de la Simone, Toi là-bas, Tôt ou tard, 2025.