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Comment est votre bibliothèque ?

Et si nous allions faire un tour chez les écrivains ? Après leur rythme de lecture, ils nous dévoilent leur rangement de bibliothèque. Par ordre alphabétique ? Par éditeur ? Par couleur ? Mais sont-ce seulement eux qui rangent vraiment leurs livres ? Réponses avec quelques uns des invités de cette dixième édition.

Christophe Boltanski : 

Elle est un peu dispersée dans différents endroits. Dans ma chambre, au-dessus de mon lit, c’est la littérature étrangère, surtout les Russes et la littérature anglo-saxonne. Dans le salon, c’est toute la littérature française. Et dans le couloir, c’est la poésie.

Sylvain Bordesoules : 

Par style, pas du tout par ordre alphabétique. C’est vraiment par esthétique. Quelle tranche de livre va le mieux avec celle d’à côté ? Il faut faire un bordel soigné et que ça fasse joli.

Patrick Boucheron : 

Quand elle est rangée, c’est plutôt par collection et par éditeur. C’est-à-dire au fond par couleur esthétique.

Sur une autre étagère du bureau, un rayon de l’éditeur Verdier.

 

Benoît Coquil : 

Je viens de déménager donc ce n’est pas rangé du tout ! C’est en pile. J’ai envie de faire ça bien mais je ne sais pas trop son selon quel ordre. Ce ne sera pas alphabétique, je pense. J’ai tendance à faire davantage par genre de texte, par maison d’édition parce que j’accorde pas mal d’importance à l’aspect visuel d’une bibliothèque, plus que logique. J’aime que ce soit beau chromatiquement .

Florence Dupré la Tour : 

Ce n’est pas moi qui la range, c’est mon conjoint ! Je ne veux pas rentrer dans son système de rangement, je ne le comprends pas. C’est un sujet de tension entre nous, donc je ne touche pas à la bibliothèque. Moi, je suis désordonnée, je range de manière anarchique et lui range avec une technique qui est la sienne, un système étrange que je ne comprends pas.

Mathilde Forget : 

En fait, il y a plusieurs parties. Il y a une partie qui est rangée par éditeur, bien blanc, bien propre, tout ça. Ensuite une deuxième partie, dans l’ordre de lecture, avec des livres que j’ai lu pour accompagner mon premier roman et que je n’ai pas voulu bouger. Et la troisième partie, c’est l’actuelle, celle qui est dans mon bureau. Là, c’est vraiment le bazar total, vraiment pas du tout rangée ni par auteur, ni par éditeur, ni par par rien.

Laure Grandbesançon : 

Elle est très très en bordel, mais à chaque fois que j’essaie de la ranger… J’ai des bouquins que je trimbale depuis le lycée. Ils sont très abîmés, je ne suis pas soigneuse. Je n’aime pas avoir de beaux livres. Je n’ai que des livres de poche, qui sont vraiment maltraités !

Sur la cheminée, se trouvent les livres de l’édition de l’année. C’est aussi la bibliothèque d’emprunt pour l’équipe.

 

Loïc Hecht : 

Ma bibliothèque est rangée aussi par genre. Ce n’est pas très original, il y a les romans, un rayon sur la conscience, un rayon sur la physique quantique, un rayon sur la Silicon Valley. Et puis il y a une petite bibliothèque des deux côtés du lit avec ce que je dois lire.

Bastien Lallemant : 

Elle est très bien rangée. Tous les livres que j’ai lus il y a longtemps sont tous par ordre alphabétique dans une immense bibliothèque. Pendant un an, je garde le livre que je viens de lire à un autre endroit de la maison dans un passage où on passe tous les jours. Ça me permet de me rappeler que quelques semaines avant, quelques mois avant, j’ai lu tel ou tel livre et de ne pas l’oublier tout de suite. C’est donc un un autre rayonnage qui fait entre 1,50 m et 2 m, avec tous les livres de l’année.

Clément Mercier : 

D’abord par genre. Donc il y a la littérature, les sciences humaines, la philosophie, le théâtre qui ont des bibliothèques séparées. Dans la littérature, il y a la littérature française contemporaine qui est d’un côté et la littérature de manière générale. Et à l’intérieur de ça, c’est rangé par l’alphabétique. C’est bien rangé. C’est très très bien rangé !

Au fil des ans, les livres s’accumulent et se rangent par ordre alphabétique sur d’autres étagères.

 

Jean-Claude Mourlevat : 

Ma femme est une grosse lectrice. Moi, je suis très très peu lecteur et c’est elle qui range et classe les bibliothèques. Il y a toute une bibliothèque avec les femmes autrices et une autre avec les hommes auteurs.

Guillaume Poix : 

Par ordre alphabétique. Il y a un coin théâtre, un coin poésie, un coin essai et un coin fiction.

Laurence Potte-Bonneville : 

Plutôt par ordre alphabétique, tout simplement, avec quelques coquetteries qui sont quelques étagères par éditeur. Et puis, quand même, par format parfois parce ça ne rentre pas toujours selon les éditeurs.

Les BD et romans graphiques sont à part.

Quel lecteur êtes-vous ?

Récemment, Antoine Compagnon confiait avoir du mal à lire sans être interrompu par “le flux de toutes les autres activités”, notamment les réseaux sociaux. Il confirmait ainsi plusieurs études portant sur le fait qu’on lit moins qu’avant, et que les jeunes, entre autres, ont du mal à lire de “longues phrases et de gros livres”. Les auteurs du festival nous dévoilent leur rapport à la lecture.

Christophe Boltanski : En ce moment, j’accompagne mon livre sur des salons et festivals, et je me fixe comme obligation de toujours lire les livres de mes camarades. Je lis grâce à ça beaucoup de livres qui viennent de sortir et c’est très bien.

Sylvain Bordesoules : Je lis moins depuis que je fais moi-même de la BD, parce que j’ai l’impression que dès que je lis un truc, alors que j’ai une idée super, je vois qu’elle a déjà été faite ! Par contre, j’ai toujours beaucoup de livres, j’en achète toujours autant. Mais je les lis moins.

Patrick Boucheron : Je lis de manière discontinue. Mon métier n’est pas de lire de la littérature, je ne suis pas journaliste littéraire ou programmateur. Ma pratique courante, c’est de lire tout le temps, du matin au soir. Mais ce sont des lectures professionnelles. Pour ce qui est de la littérature, je peux m’arrêter d’en lire parce que j’ai mon compte. Pendant des mois, après avoir lu La Maison vide de Laurent Mauvignier, un classique immédiat, je n’ai plus rien lu. Au fond la littérature est une expérience, et quand on a eu une expérience forte, on est rassasié.

Benoît Coquil : Je lis moins depuis à peu près un an, et c’est lié à plein de facteurs. Je vois bien que l’écran prend beaucoup de place dans ma vie. Instagram en premier lieu. J’ai envie d’en partir mais en même temps c’est aussi une vitrine pour le bouquin. Ce n’est donc pas si facile… Le scroll à l’infini, je pratique un peu, pas trop, mais ça prend quand même du temps. Je n’arrive plus à avoir d’aussi longues plages de lecture qu’avant. Ça me préoccupe pas mal d’ailleurs.

Florence Dupré la Tour : Je suis une obsessionnelle, donc parfois je plonge pendant des mois dans les écrans et parfois je plonge pendant des mois dans la lecture. Sans doute que les écrans ont un peu dévoré mon temps de lecture, mais je peux lire sur écran aussi.

Mathilde Forget lit son roman Certaines fièvres échappent au mercure ©Sabine Sceckel

 

Mathilde Forget : J’ai arrêté les réseaux sociaux depuis le 10 mai ! Et depuis j’écris plus et je lis plus. Je lis le journal. Je regagne du temps.

Laure Grandbesançon : Je lis moins et ça me rend très triste parce que je sens que ma vie est traversée par une soif de lecture. Je me rends compte que dès que je me mets à lire, au bout de 10 minutes je regarde mon téléphone. Il faut vraiment que je fasse une cure, pour retrouver ce moment où le livre vous happe et vous transporte ailleurs. Ce que vous apporte un livre, rien d’autre ne peut vous l’apporter.

Bastien Lallemant : Je lis de plus en plus. J’ai quitté les réseaux sociaux, qui ne me prenaient pas non plus énormément de temps, mais je les ai vraiment quittés. J’ai toujours beaucoup lu. En tout cas, depuis l’âge de mes 15 ans. J’ai jamais lâché ça. Ça a toujours été un des mondes les plus fascinants que j’ai rencontré. Et plus je vieillis en âge, plus je lis, plus je consacre de temps à la lecture.

Jean-Claude Mourlevat, lit son roman Jefferson © Baptiste de Ville d’Avray

 

Jean-Claude Mourlevat : J’ai l’impression de lire plus lentement, de lire tous les mots. Je me dis que je vais en profiter, je vais donner à l’auteur sa chance. Jj’essaie de lire attentivement, quitte à être déçu.

Guillaume Poix : Si je ne lis pas, je ne peux pas travailler. Et je crois même que cette année, je lis beaucoup plus encore.

Laurence Potte-Bonneville : J’ai tendance à lire de plus en plus. Ponctuellement, il y a des tunnels où je lis un petit peu moins, mais j’essaie de lire de plus en plus et j’espère que dans ma vie ça va être une asymptote.

La petite bibliothèque de Mazarine M. Pingeot

Durant le festival, nous avons interrogé les autrices et auteurs invités sur une petite bibliothèque idéale. Rencontre avec Mazarine M. Pingeot qui a publié 11 quai Branly chez Flammarion en 2021.

Quelle œuvre vous évoque la mer ?

Le Cimetière marin de Valéry, Le Rivage des Syrtes…

Quelle œuvre vous évoque le soleil et la chaleur ?

Les Petits chevaux de Tarquinia. La chaleur est le personnage principal, ça nous écrase. J’adore ce livre.


Quel est est l’auteur dont vous avez lu le plus de livres ?

Les grands classiques, Stendhal, Dostoïevski…  Aharon Appelfeld.

Y a-t-il une phrase qui vous accompagne, que vous connaissez par cœur ?

J’ai une mémoire catastrophique, je crois que je n’ai jamais retenu une citation en entier sans me tromper ou réussi à dire une expression dans son bon ordre. Après, il y a tous les poèmes d’Aragon chantés par Léo Ferré, mais que je connais en musique. Je pourrai chanter L’Affiche rouge. Ou bien René Guy Cadou, parce que j’adore ce poète et qu’il est moins connu :
Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse, quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

 

Quel auteur inviteriez-vous à Oh les beaux jours ! ?

Sophie Nordmann, qui va publier un très beau livre, une contre histoire de la philosophie.

Quel est votre personnage préféré ?

J’ai longtemps été amoureuse de Julien Sorel ! J’adore L’Idiot de Dostoïevski…

La petite bibliothèque d’Arnaud Cathrine

Durant le festival, nous avons interrogé les autrices et auteurs invités sur une petite bibliothèque idéale. Rencontre avec Arnaud Cathrine qui a publié Roman de plages chez Flammarion en 2025.

Quelle œuvre vous évoque la mer ?

Le journal de nage de Chantal Thomas, un merveilleux livre sur les perceptions, sur ce que c’est qu’être immergé dans l’eau et ce que l’on va y trouver de réparation. Comment on irréaliste tous nos tourments et nos affres, comment les chagrins se dissolvent dans l’eau.

Quelle œuvre vous évoque le soleil et la chaleur ?

Un roman d’apprentissage sentimental de Charles Simmons, Les locataires de l’été. Je m’étais dit que ce livre avait un pouvoir incroyable pour faire sentir la chaleur et la sensualité de la plage.


Quel est est l’auteur dont vous avez lu le plus de livres ?

Vraisemblablement Marguerite Duras. Et les livres la deuxième partie de Duras, après Le Barrage contre le Pacifique, ceux qu’elle a dictés à Yann Andréa. Ce ne sont pas des livres très romanesques, ils sont davantage de l’ordre de la conversation, du déroulé tortueux de sa pensée mais ils aboutissent toujours à des beau tés éclatantes. Et je la relis beaucoup. La Vie matérielle par exemple, je le relis une fois par an ! La mort de la mouche, le chapitre sur les maisons, Trouville, Neauphle-le-Château…

 

Y a-t-il une phrase qui vous accompagne, que vous connaissez par cœur ?

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  “Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

L’Horloge de Baudelaire, chanté par Mylène Farmer.

 

Quel est votre personnage préféré ?

Le “Je”, dans les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Ce n’est pas un personnage, c’est nous tous, un Je amoureux, fébrile, qui attend l’autre.

La petite bibliothèque de Christophe Ono-dit-Biot

Durant le festival, nous avons interrogé les autrices et auteurs invités sur une petite bibliothèque idéale. Rencontre avec Christophe Ono-dit-Biot qui a publié Mer intérieure aux Éditions de l’Observatoire en 2025.

Quelle œuvre vous évoque la mer ?

Un poème d’Apollinaire, l’un des plus plus courts de la littérature française, dans le recueil Alcools, qui s’appelle Chantre :

Et l’unique cordeau des trompettes marines

Quelle œuvre vous évoque le soleil et la chaleur ?

L’été ou Noces de Camus.


 

Quel livre êtes-vous la seule à connaître ?

C’est un livre sur la mer, Une jeune fille nue de Nikos Athanassiadis, préfacé par Jacques Lacarrière. Je l’ai trouvé dans une pension en Grèce et je suis sûr que c’est une source d’inspiration du Grand bleu, en dehors de Jacques Maillol. C’est l’histoire d’un jeune grec qui doit se marier et qui en a marre, et devient très misanthrope. Il quitte tout et part s’installer à la pointe d’une île à Mytilène. Il rencontre un pêcheur. Sa fille se baigne nue et est en contact avec un dauphin un peu mythique, on ne sait pas trop s’il existe. Il aurait connaissance des grands secrets de la mer. C’est un des plus beaux livres que j’ai lu sur le rapport du corps à l’eau, l’érotique et la sensualité de la mer et la connexion qu’elle offre avec les grands mythes de la mer Égée.

 

Quel est votre personnage préféré ?

Le capitaine Nemo, pour une raison très simple car c’est un misanthrope généreux. Il l’est devenu pour une raison compréhensible, on a tué sa femme et son enfant. Il y a un passage où se dispute avec le harponneur Ned et parle des baleines. C’est le premier à alerter sur la surpêche.

— Eh ! bien, monsieur, demanda le Canadien, ne pourrais-je leur donner la chasse, ne fût-ce que pour ne pas oublier mon ancien métier de harponneur ?
— À quoi bon, répondit le capitaine Nemo, chasser uniquement pour détruire ! Nous n’avons que faire d’huile de baleine à bord.
— Cependant, monsieur, reprit le Canadien, dans la mer Rouge, vous nous avez autorisés à poursuivre un dugong !
— Il s’agissait alors de procurer de la viande fraîche à mon équipage. Ici, ce serait tuer pour tuer. Je sais bien que c’est un privilège réservé à l’homme, mais je n’admets pas ces passe-temps meurtriers. En détruisant la baleine australe comme la baleine franche, êtres inoffensifs et bons, vos pareils, maître Land, commettent une action blâmable. C’est ainsi qu’ils ont déjà dépeuplé toute la baie de Baffin, et qu’ils anéantiront une classe d’animaux utiles. Laissez donc tranquilles ces malheureux cétacés. Ils ont bien assez de leurs ennemis naturels, les cachalots, les espadons et les scies, sans que vous vous en mêliez. *

Et nous en sommes là aujourd’hui sur les baleines, les requins…

Il y a Ulysse aussi, parce que c’est un personnage qui sait toujours comment se sortir d’une situation. Son animal préféré est le poulpe, qui est l’animal de la mètis, ce mot grec pour dire l’intelligence pratique, l’espièglerie presque. Le poulpe est l’animal qui peut entrer partout pourvu que son œil passe.

 

 


* Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers / Partie 2 / Chapitre 12