Quel lecteur êtes-vous ?
Récemment, Antoine Compagnon confiait avoir du mal à lire sans être interrompu par “le flux de toutes les autres activités”, notamment les réseaux sociaux. Il confirmait ainsi plusieurs études portant sur le fait qu’on lit moins qu’avant, et que les jeunes, entre autres, ont du mal à lire de “longues phrases et de gros livres”. Les auteurs du festival nous dévoilent leur rapport à la lecture.
Christophe Boltanski : En ce moment, j’accompagne mon livre sur des salons et festivals, et je me fixe comme obligation de toujours lire les livres de mes camarades. Je lis grâce à ça beaucoup de livres qui viennent de sortir et c’est très bien.
Sylvain Bordesoules : Je lis moins depuis que je fais moi-même de la BD, parce que j’ai l’impression que dès que je lis un truc, alors que j’ai une idée super, je vois qu’elle a déjà été faite ! Par contre, j’ai toujours beaucoup de livres, j’en achète toujours autant. Mais je les lis moins.
Patrick Boucheron : Je lis de manière discontinue. Mon métier n’est pas de lire de la littérature, je ne suis pas journaliste littéraire ou programmateur. Ma pratique courante, c’est de lire tout le temps, du matin au soir. Mais ce sont des lectures professionnelles. Pour ce qui est de la littérature, je peux m’arrêter d’en lire parce que j’ai mon compte. Pendant des mois, après avoir lu La Maison vide de Laurent Mauvignier, un classique immédiat, je n’ai plus rien lu. Au fond la littérature est une expérience, et quand on a eu une expérience forte, on est rassasié.
Benoît Coquil : Je lis moins depuis à peu près un an, et c’est lié à plein de facteurs. Je vois bien que l’écran prend beaucoup de place dans ma vie. Instagram en premier lieu. J’ai envie d’en partir mais en même temps c’est aussi une vitrine pour le bouquin. Ce n’est donc pas si facile… Le scroll à l’infini, je pratique un peu, pas trop, mais ça prend quand même du temps. Je n’arrive plus à avoir d’aussi longues plages de lecture qu’avant. Ça me préoccupe pas mal d’ailleurs.
Florence Dupré la Tour : Je suis une obsessionnelle, donc parfois je plonge pendant des mois dans les écrans et parfois je plonge pendant des mois dans la lecture. Sans doute que les écrans ont un peu dévoré mon temps de lecture, mais je peux lire sur écran aussi.

Mathilde Forget lit son roman Certaines fièvres échappent au mercure ©Sabine Sceckel
Mathilde Forget : J’ai arrêté les réseaux sociaux depuis le 10 mai ! Et depuis j’écris plus et je lis plus. Je lis le journal. Je regagne du temps.
Laure Grandbesançon : Je lis moins et ça me rend très triste parce que je sens que ma vie est traversée par une soif de lecture. Je me rends compte que dès que je me mets à lire, au bout de 10 minutes je regarde mon téléphone. Il faut vraiment que je fasse une cure, pour retrouver ce moment où le livre vous happe et vous transporte ailleurs. Ce que vous apporte un livre, rien d’autre ne peut vous l’apporter.
Bastien Lallemant : Je lis de plus en plus. J’ai quitté les réseaux sociaux, qui ne me prenaient pas non plus énormément de temps, mais je les ai vraiment quittés. J’ai toujours beaucoup lu. En tout cas, depuis l’âge de mes 15 ans. J’ai jamais lâché ça. Ça a toujours été un des mondes les plus fascinants que j’ai rencontré. Et plus je vieillis en âge, plus je lis, plus je consacre de temps à la lecture.

Jean-Claude Mourlevat, lit son roman Jefferson © Baptiste de Ville d’Avray
Jean-Claude Mourlevat : J’ai l’impression de lire plus lentement, de lire tous les mots. Je me dis que je vais en profiter, je vais donner à l’auteur sa chance. Jj’essaie de lire attentivement, quitte à être déçu.
Guillaume Poix : Si je ne lis pas, je ne peux pas travailler. Et je crois même que cette année, je lis beaucoup plus encore.
Laurence Potte-Bonneville : J’ai tendance à lire de plus en plus. Ponctuellement, il y a des tunnels où je lis un petit peu moins, mais j’essaie de lire de plus en plus et j’espère que dans ma vie ça va être une asymptote.