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Archives

Oh les beaux lecteurs ! Rencontre avec Hélène Gaudy

Hélène Gaudy dialogue avec ses lecteurs autour d’Archipels
Rencontre animée par les lecteurs des bibliothèques de Marseille

En collaboration avec les bibliothèques de Marseille, un groupe de lecteurs et de lectrices a échangé durant plusieurs mois autour du dernier roman d’Hélène Gaudy, Archipels. Guidés par la critique littéraire Élodie Karaki, ils ont exploré les multiples facettes de ce texte sensible, qui interroge la mémoire familiale et la transmission silencieuse entre générations.

Dans ce roman, finaliste du prix Goncourt, Hélène Gaudy entreprend une véritable enquête intime sur son père : elle fouille les archives, les paysages et les silences pour recomposer la trame d’une vie, d’une époque, d’un lien filial. Elle offre à cet homme qui porte le prénom d’une île un lieu insubmersible à l’oubli, et aux lecteurs un récit d’une grande beauté, où l’écriture devient mémoire vivante.
Lors de cette rencontre, ils prendront la parole pour dialoguer avec la romancière. Un moment d’échange autour d’un roman qui fait résonner, avec délicatesse, les mystères de nos vies et la puissance de la littérature à les éclairer.

En partenariat avec les bibliothèques de la Ville de Marseille.


À lire

  • Hélène Gaudy, Archipels, Éditions de L’Olivier, 2024.

Retrouvez Hélène Gaudy le jeudi 29 mai à La Criée pour une lecture musicale autour de son livre Archipels.

Mauvaises filles

Laurie Laufer et Adèle Yon
Rencontre animée par Chloë Cambreling

Elles explorent, chacune à leur manière, les blessures secrètes et les révoltes éclatantes des femmes face à l’ordre établi. Dans un essai aussi érudit que militant, la psychanalyste Laurie Laufer retrace le combat de femmes rebelles, célèbres ou méconnues, qui, en défiant l’ordre patriarcal, ont refusé maternités imposées, hétéronormativité et camisoles psychiatriques. Entre archives et manifeste, son ouvrage célèbre ces «mauvaises filles», de Virginia Woolf à Monique Wittig, dont les résistances annonçaient les secousses de #MeToo et du mouvement Femme, Vie, Liberté, tout en appelant à repenser la psychanalyse à l’aune des luttes sociales et matérielles.

De son côté, Adèle Yon signe un premier roman magistral, mêlant essai, enquête familiale, autofiction et road trip. En ressuscitant l’histoire de son arrière-grand-mère, Elisabeth dite «Betsie», lobotomisée dans les années 1950, elle s’attaque aux mécanismes de mise sous silence des femmes déclarées « folles ». À partir d’archives médicales et de récits intimes, elle transforme une quête personnelle en un plaidoyer universel contre les violences tues par la société et étouffées sous le poids des non-dits familiaux.

En les réunissant, Oh les beaux jours ! célèbre deux gestes littéraires qui refusent l’effacement : Laurie Laufer cartographie les résistances collectives face à l’exclusion patriarcale, tandis qu’Adèle Yon exhume une vie brisée que ce système a laissé dans l’ombre. Deux voix, deux écritures, unies par une même question brûlante : comment briser les assignations qui continuent d’étouffer les femmes ?
Une rencontre entre mémoire et insoumission, en compagnie d’une écrivaine et d’une psychanalyste.


À lire

  • Laurie Laufer, Les héroïnes de la modernité, La Découverte, 2025.
  • Adèle Yon, Mon vrai nom est Elisabeth, Éditions du sous-sol, 2025 (Prix littéraire du Nouvel Obs, Prix littéraire du Barreau de Marseille 2025).

Retrouvez Adèle Yon mercredi 28 mai, à 18h30, au théâtre de La Criée pour la remise du Prix littéraire du Barreau de Marseille, dont elle est lauréate, suivie d’une rencontre avec l’écrivaine Marion Brunet.

Les fractures de l’Amérique

Christian Garcin et Eddy L. Harris
Rencontre animée par Chloë Cambreling

Dans Confession américaine, Eddy L. Harris explore les racines des fractures sociales et politiques des États-Unis. L’écrivain s’interroge sur l’aveuglement collectif qui a permis l’émergence de Donald Trump, tout en revisitant son propre lien à un pays qu’il a quitté depuis trente ans. Décortiquant le rêve américain, il met au jour les racines du mal.

Ausculter l’histoire américaine, c’est aussi ce que fait Christian Garcin dans La Vie singulière de Thomas W. Higginson, où il plonge au 19e siècle pour retracer la vie de cet intellectuel abolitionniste, officier pendant la guerre de Sécession et mentor d’Emily Dickinson dont il révéla l’œuvre immense. À travers le portrait de cet homme engagé, il éclaire des moments charnières de l’histoire des États-Unis, où les luttes pour la liberté et l’égalité ont redéfini les contours d’une nation.

Rencontre entre deux écrivains passionnants qui interrogeront avec conviction les fondements de l’Amérique et ses illusions perdues.

En coréalisation avec le Mucem.


À lire

  • Christian Garcin, La Vie singulière de Thomas W. Higginson, Actes Sud, 2025.
  • Eddy L. Harris, Confession américaine, Liana Levi, 2024.

Retrouvez Christian Garcin lors de la rencontre avec l’écrivain László Krasznahorkai, qu’il interviewera lui-même, le samedi 31 mai à La Criée.

Tout ange est terrible

Christian Garcin et László Krasznahorkai
Rencontre animée par Christian Garcin et traduite du hongrois par Ildikó Lőrinszky

Christian Garcin a découvert l’écrivain hongrois László Krasznahorkai à travers le cinéma de Béla Tarr. Depuis, il n’a cessé de le lire, séduit par une œuvre qu’il tient comme l’une des plus passionnantes du moment, dont il dit qu’elle tend vers l’inaccessibilité, alliant « mélancolie hongroise et certitude de la catastrophe », dans le sillage de celle de Kafka.

Réflexions sur la beauté, l’attente, la déliquescence de nos sociétés, porteurs d’une vision du monde souvent dystopique, les livres de László Krasznahorkai – lauréat du Man Booker Prize – déploient une prose ample et labyrinthique. Considéré comme l’un des plus grands écrivains européens contemporains, Krasznahorkai est salué pour la puissance de ses phrases longues et sinueuses, et la densité sensorielle de son écriture. Il pousse l’expérience littéraire jusqu’à ses limites, invitant le lecteur à se perdre dans des univers où la beauté naît de la complexité et du vertige.

Son œuvre, traversée par la noirceur, la tension entre chaos et transcendance, met en scène des personnages en quête de sens dans un monde crépusculaire, oscillant entre l’absurde et la révélation. Outre la passion du cinéma, il partage avec Christian Garcin un goût pour les territoires incertains et un art du récit où la frontière entre réel et imaginaire s’efface parfois.

C’est Christian Garcin qui a eu envie d’inviter László Krasnahorkai au festival et qui l’interviewera. Oh les beaux jours ! est particulièrement heureux et fier d’accueillir pour la première fois à Marseille cet immense écrivain qui compte déjà de nombreux lecteurs, mais en stimulera d’autres à n’en pas douter !


À lire

László Krasnahorkai

  • Petits travaux pour un palais, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Cambourakis, 2024.
  • Le Baron Wenckheim est de retour, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Cambourakis, 2023.
  • Guerre et guerre, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Cambourakis, 2013.
  • Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par les chemins, à l’est par un cours d’eau, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Cambourakis, 2010, réed. coll. Babel, 2017.
  • Le Tango de Satan, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Gallimard, 2000.

Christian Garcin

  • La Vie singulière de Thomas W. Higginson, Actes Sud, 2025.
  • Un chemin entre plusieurs mondes, Finitude, 2025.
  • Les Oiseaux morts de l’Amérique, Actes Sud, 2018.
  • Poèmes américains, Finitude, 2018.

Retrouvez Christian Garcin le dimanche 1er juin au Mucem pour une rencontre avec Eddy L. Harris.

La grande interview du Club ado

Amélie Antoine dialogue avec le Club de lecture ado de l’Alcazar

En partenariat avec le réseau de lecture publique de la Ville de Marseille, Oh les beaux jours ! a mis en place un club de lecture à destination des 13-17 ans. Accompagnées par les bibliothécaires de l’Alcazar, sept jeunes lectrices ont exploré une sélection de dix livres, débattu de leurs coups de cœur et choisi collectivement l’ouvrage qu’elles souhaitaient mettre en avant lors d’une rencontre publique inscrite au programme du festival. Ce projet leur a permis de prendre en main l’organisation de l’événement : choix du livre, préparation des questions, animation de la rencontre… Autant d’étapes qui transforment ces adolescentes en actrices autonomes de la vie littéraire.

Après des discussions passionnées, leur choix s’est porté sur Ne vois-tu rien venir ? d’Amélie Antoine, un roman fort et engagé qui suit, à deux voix, le parcours de Sarah, élève populaire, et d’Orlane, la nouvelle. Il explore avec justesse les rouages du harcèlement scolaire, la peur, l’isolement, mais aussi la résilience et l’espoir. Originalité du livre : il propose deux fins alternatives, l’une sombre, l’autre constructive, pour ouvrir la réflexion et encourager l’action. La postface d’Emmanuelle Piquet, spécialiste du harcèlement, enrichit encore la lecture et fait de ce roman un outil précieux de compréhension et de prévention.

Amélie Antoine sera donc interviewée par les membres du Club ado sur la scène de l’Alcazar. Depuis plusieurs semaines, celles-ci ont profité de l’ouverture des coulisses du festival pour s’immerger dans la préparation d’une manifestation littéraire. Elles auront également l’opportunité de rencontrer l’éditrice d’Amélie Antoine, afin de découvrir les différents métiers du livre et d’approfondir leur regard sur la création littéraire.
Une belle manière de faire vivre la littérature jeunesse à Marseille !

En partenariat avec les bibliothèques de la Ville de Marseille.


À lire

  • Amélie Antoine, Ne vois-tu rien venir ?, Syros, 2024.

Habiter l’intime

Marie Kock et Mazarine M. Pingeot
Rencontre animée par Camille Thomine

Dans Après le virage, c’est chez moi, un essai à la fois intime et philosophique, Marie Kock explore la quête universelle d’un « chez soi ». Mêlant souvenirs personnels, réflexions sur l’enfance et considérations sur les contraintes sociales, elle interroge notre rapport à l’habitat, naviguant entre les lieux que nous quittons et ceux que nous espérons trouver.

Mazarine Pingeot revisite dans 11 quai Branly un pan secret de son histoire. Avec une écriture tout en émotion contenue, elle nous ouvre les portes d’un appartement parisien où, adolescente, elle vécut cachée, fille d’un président de la République. Ce retour sur les lieux de son enfance clandestine, aussi romanesque que philosophique, devient une exploration des fantômes de son passé et de la construction de soi dans l’ombre du secret.

Rencontre avec deux autrices qui nous invitent à réfléchir sur la façon dont les lieux façonnent nos identités, tissant une réflexion profonde sur notre rapport à l’espace et à nous-mêmes.
Leur dialogue débutera avec la présentation, par un conservateur du musée, d’une œuvre appartenant aux collections du Mucem, choisie pour ses résonances avec les deux textes.

En coréalisation avec le Mucem.


À lire

  • Marie Kock, Après le virage, c’est chez moi, La Découverte, 2025.
  • Mazarine M. Pingeot, 11 quai Branly, Flammarion, 2024.

Grand déballage

Mona Messine et Esther Teillard
Rencontre animée par Claire Mayot

Il y a des livres qui laissent des traces, non parce qu’ils cherchent à convaincre, mais parce qu’ils passent en force. Carnes d’Esther Teillard et Villa Bergamote de Mona Messine en font partie. Deux romans sans concession, qui choisissent le risque plutôt que le confort, le mordant plutôt que le bienveillant – et qui, chacun à leur manière, mettent le feu aux conventions du récit féminin.

Chez Esther Teillard, c’est une écriture à vif, tout en nerfs et en griffures, qui suit les dérives d’une narratrice sans nom entre Marseille et Paris. Des plages brûlantes où bronzent les cagoles aux milieux arty parisien, elle traverse des lieux où le désir n’est jamais neutre, où le corps est terrain de violence, d’épreuve et de revanche. C’est une prose qui cogne autant qu’elle palpe, traversée par les noms de femmes mythiques – Hestia, Médée, Ève – comme autant de masques pour dire l’insupportable. Carnes, c’est la chair sans fard, le féminin dans ce qu’il a de plus exposé, de plus insurgé.

Chez Mona Messine, la violence se drape d’un autre langage – plus joueur, mais tout aussi acéré. Villa Bergamote met en scène une outsider propulsée malgré elle dans les coulisses d’un pouvoir mafieux et grotesque. Le luxe, la corruption, les héritiers, les armes planquées et les cocktails trop sucrés sirotés dans une villa des Antilles composent un théâtre où la narratrice, Roxane, observe et encaisse. Mais derrière cette passivité de surface, c’est une parole souveraine qui s’élève : ironique, féroce, consciente de sa condition de pièce rapportée dans une dynastie de ploutocrates. L’humour ici est un scalpel, la langue, un territoire de résistance.

Ce qui unit ces deux romans ? Une manière de raconter les femmes sans les lisser. Une attention aiguë à la violence systémique, qu’elle soit sociale, sexuelle ou symbolique. Et surtout, une langue à contre-courant, nourrie de colère, d’intelligence et de jubilation. On ressort de ces lectures à la fois dérouté et galvanisé, avec le sentiment d’avoir été invité à un grand carnaval du réel – où la parole ne s’excuse pas d’être outrée, ni d’être outrancière.
Esther Teillard et Mona Messine dialogueront autour de ces univers où l’intime rime avec politique, où les héroïnes, gouailleuses ou mutiques, ne demandent pas la permission d’exister. Un moment rare avec deux voix qui comptent déjà, et qui ne comptent pas s’arrêter là !


À lire

  • Mona Messine, Villa Bergamote, Bouclard, 2025.
  • Esther Teillard, Carnes, Pauvert, 2025.

Retrouvez Esther Teillard pour une sieste acoustique le samedi 31 mai à 14h30 au conservatoire Pierre Barbizet.

Enfer vert

Pedro Cesarino et Colin Niel
Rencontre animée par Sonia Déchamps et traduite du portugais

Ingénieur des eaux et forêts devenu écrivain, Colin Niel arpente depuis plus de dix ans la Guyane française, qu’il a choisie pour décor de ses romans policiers. Avec Wallace, il revient sur la question de la parentalité, de la perte et de la transmission, à travers l’histoire de Mathurine, mère célibataire, et de son fils Wallace, neuf ans. Alors que la jungle déploie ses forces invisibles, la forêt devient le théâtre d’apparitions mystérieuses, où se croisent mythes ancestraux, peurs et secrets. Colin Niel joue avec les codes du polar et du réalisme magique pour interroger la relation de l’homme à la nature et à ses propres démons.

De l’autre côté de la frontière, au Brésil, Pedro Cesarino, anthropologue et écrivain, s’inspire de ses enquêtes de terrain. Les vautours n’oublient pas mêle roman noir et voyage initiatique au cœur des communautés indiennes d’Amazonie. À travers une intrigue à suspens, il dénonce la persistance de pratiques néocoloniales, le racisme systémique et la corruption qui ravagent la région. Confronté aux fantômes du passé, son héros plonge dans l’univers du chamanisme, où mythes et réalité s’entremêlent pour révéler la violence structurelle qui frappe les peuples autochtones et leur environnement.

Lorsque des meurtres sont commis dans la jungle, la nature luxuriante peut rapidement se transformer en enfer vert. Loin d’être de bon conseil, les esprits de la forêt rappellent à chaque pas la fragilité de l’équilibre entre l’homme et son habitat…


À lire

  • Pedro Cesarino, Les vautours n’oublient pas, traduit du portugais (Brésil) par Hélène Melo, Éditions Rivages, 2025.
  • Colin Niel, Wallace, Éditions du Rouergue, 2024.

Des ruines mayas aux sommets andins

Lætitia Bianchi et Alexandre Lasheras
Rencontre animée par Sonia Déchamps

Dans Le Manège des Andes, son premier roman très réussi, Alexandre Lasheras suit le destin de trois femmes – une immigrante vénézuélienne afro-descendante, une expatriée italienne et une Colombienne – qui tentent de réinventer leur vie dans le Bogotá d’aujourd’hui. En parallèle, le rêve de Simon Bolivar de créer une Amérique latine libre et unifiée nous rappelle l’histoire de ce pays. Entre rêves de liberté et fantômes du passé, le roman tisse une fresque intime et politique au cœur de la plus vaste crise migratoire qu’ait connue ce continent.

De son côté, Laetitia Bianchi livre avec Bonampak une enquête littéraire sur la découverte d’un site maya dans le Chiapas, au Mexique, désormais livré au tourisme de masse. À travers une écriture aussi précise qu’engagée, elle démonte les récits dominants et dévoile comment les fantasmes occidentaux ont façonné la perception de ces vestiges. Interrogeant l’usage idéologique du patrimoine et la manière dont l’histoire est écrite, elle révèle les violences coloniales qui sont toujours à l’œuvre dans ce morceau de jungle mexicaine.

Entre mémoire collective et récits intimes, Alexandre Lasheras et Laetitia Bianchi nous entraînent au cœur de l’Amérique latine pour une rencontre autour des héritages coloniaux, des luttes et de la résistance des peuples.


À lire

  • Lætitia Bianchi, Bonampak, Éditions Verticales, 2025.
  • Alexandre Lasheras, Le Manège des Andes, Le Bruit du monde, 2025.

Cicatrices

Maryline Desbiolles et Sylvie Tanette
Rencontre animée par Élodie Karaki

L’histoire de l’immigration – italienne, algérienne – est au cœur des romans de Maryline Desbiolles et de Sylvie Tanette, qui rappellent que les blessures nées du déracinement peuvent traverser les générations.

Dans L’Agrafe, Maryline Desbiolles donne vie à Emma Fulconis, jeune femme de l’arrière-pays niçois, farouchement libre, soudain stoppée dans son élan par une chute brutale qui l’oblige à repenser sa liberté. Ce corps qui vacille, c’est toute une histoire qui remonte : celle d’un village, d’un nom, d’un héritage porté malgré soi. Petite-fille de harkis, Emma porte en elle les traces de l’histoire collective, des non-dits et du racisme latent. À travers une langue poétique et charnelle, l’écrivaine fait entendre des voix multiples, comme un chœur ancien dans un décor contemporain. Une écriture de la sensation, de l’écho, du mouvement.

Dans Une vieille colère, Sylvie Tanette revient sur son enfance passée à Marseille, dans une famille d’origine italienne où certaines histoires n’étaient pas faites pour être racontées. Deux cousins condamnés pour meurtre, des silences à répétition, une colère qui s’installe – sourde, tenace –, qui traverse les générations et finit par chercher ses mots. Son récit, à la fois intime et lucide, mêle chronique familiale, souvenirs et digressions dans une prose tendue, qui se joue des silences, où humour et douleur ne sont jamais loin l’un de l’autre.

Entre ces deux écrivaines, un même refus de l’oubli. L’une écrit au rythme des paysages et des voix qu’elle fait affleurer ; l’autre avance par à-coups, par éclats, comme on cherche à comprendre, sans trahir. Ensemble, Maryline Desbiolles et Sylvie Tanette traceront des chemins de lecture qui parlent tout autant de solitude que de famille, des histoires qu’on garde en soi et de celles qu’il faut bien finir par dire.


À lire

  • Maryline Desbiolles, L’Agrafe, Sabine Wespieser Éditeur, 2024 (Prix littéraire Le Monde).
  • Sylvie Tanette, Une vieille colère, Les Avrils, 2024.