Chowra Makaremi et Laurine Roux
Rencontre animée par Mélanie Masson
Dans les montagnes, au Moyen Âge, Hugon, seigneur de Bure, impose sa loi par la violence. Il condamne au bûcher un innocent, sous les yeux de Gala, sa fille, qui s’enfuit et s’ensauvage dans la forêt. Mais la violence ne s’arrête pas là : Hugon la soumet, et de ce viol naissent trois enfants, qui seront dispersés et marqués dans leur chair. Dans Trois fois la colère, son dernier roman, Laurine Roux suit cette histoire de domination qui se transmet de génération en génération, et fait entendre une colère qui s’incarne dans les corps et se mue en force de rupture.
Dans un essai passionnant, Résistances affectives, l’anthropologue Chowra Makaremi part de terrains contemporains (États-Unis, Iran, Soudan…) pour poser une question décisive : comment résister quand la violence d’État sidère et isole ? Elle montre que ce sont les attachements — aux proches, aux disparus, aux luttes – qui relancent l’action. Face à une «pédagogie de la cruauté», les émotions ne sont pas un frein mais un moteur, où chagrin et colère deviennent des leviers politiques.
Roman et essai se répondent ici dans une même friction féministe. Là où la violence cherche à briser, les deux autrices montrent comment, depuis la colère même, peuvent se réinventer des formes de vie et de résistance.
Retrouvez Laurine Roux pour la remise du prix Écriture et création Robert Fouchet le jeudi 28 mai à 18h et Chowra Makaremi pour un entretien autour de l’Iran le vendredi 29 mai à 14h.
À lire
- Chowra Makaremi, Résistances affectives. Les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, 2025.
- Laurine Roux, Trois fois la colère, Éditions du Sonneur, 2025.