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La grande interview du club ado

Estelle Castadère, interviewée par les jeunes du club de lecture ado de la bibliothèque de l’Alcazar

En partenariat avec le réseau de lecture publique de la Ville de Marseille, Oh les beaux jours ! a mis en place un club de lecture à destination des 13-17 ans. Accompagnés par les bibliothécaires de l’Alcazar, dix jeunes lecteurs ont exploré une sélection de dix livres, débattu de leurs coups de cœur, et choisi collectivement l’ouvrage qu’ils souhaitaient mettre en avant lors d’une rencontre inscrite au programme du festival. Choix du livre, préparation des questions, animation de la rencontre, échange avec l’éditeur… Autant d’étapes qui transforment ces adolescents en acteurs autonomes de la vie littéraire.

Leur choix s’est porté sur le premier roman d’Estelle Castadère, L’Alchimie des fantômes. Paris, 1874. Dans une maison close, une jeune femme est retrouvée morte, le corps couvert d’étranges symboles ésotériques. Amaryllis Clinchamps, 17 ans, pratique la photographie spirite grâce à son don unique de médium, qui lui permet d’entrer en contact avec les fantômes et de donner un corps aux esprits avec lesquels elle se lie. Par son intermédiaire, les esprits deviennent de véritables alliés et l’aideront à résoudre cette affaire de meurtre…

Une rencontre animée par de jeunes lecteurs… plus « pros » que les pros !


À lire

  • Estelle Castadère, L’Alchimie des fantômes, Rageot, 2025.

Kabuliwalla, c’est moi

Atiq Rahimi

Entretien animé par Sonia Déchamps

Au bord du Gange, un homme s’apprête à mettre fin à ses jours. Le film qu’il rêvait de faire n’existe plus, ses producteurs l’ont lâché, sa vie vacille. Et soudain, dans la brume, une apparition : Kabuliwalla, l’homme de Kaboul — figure sortie d’un conte de Tagore qu’il devait précisément adapter au cinéma — remonte le fleuve comme on traverse une légende.

À partir de cette scène, Atiq Rahimi déplace le récit. Le cinéaste se fait conteur, le personnage devient à la fois un guide et le double du narrateur. On entre dans une histoire qui ne cesse de se réécrire, où les morts circulent, où les exilés changent de visage, où un père cherche l’âme de sa fille à travers le temps.

Le livre avance ainsi, entre hallucination et transmission. Il tient dans cette tension : d’un côté, l’échec, le renoncement, un film abandonné ; de l’autre, la possibilité de reprendre ce qui a été perdu. Là où le cinéma s’est arrêté, l’écriture prend le relais. Comme dans les contes, ce qui a été défait trouve une autre forme pour survivre.

Invité pour la première fois au festival, après avoir dit la veille son admiration pour Albert Camus, Atiq Rahimi reviendra sur ce geste d’écriture qui, face à l’exil et au doute, offre une renaissance.


Retrouvez Atiq Rahimi dans Les beaux jours d’Albert Camus, le mercredi 27 mai à 14h.


À lire

  •  Kabuliwalla, c’est moi, P.O.L, 2026.

Kid Francis

Grégory Mardon, Stéphane Mourlane et Marius Rivière

Rencontre animée par Sonia Déchamps.

1 mètre 64, 53 kilos.
François Buonagurio n’est d’abord qu’un petit cireur de chaussures né en 1906 à deux pas du Vieux-Port, à Marseille, dans le quartier populaire et cosmopolite de Saint-Jean, au sein d’une famille d’immigrés italiens. Kid Francis : voilà son nom de scène. Celui avec lequel il va connaître la gloire, gants aux poings. Très tôt attiré par la boxe, le jeune Marseillais connaît une ascension fulgurante : champion de France des poids coqs à 18 ans, champion d’Europe à 19, vainqueur du champion du monde en titre au Madison Square Garden de New York à seulement 20 ans. Sa carrière spectaculaire le mène du Marseille des bars et des cabarets au Paris des Années folles, puis jusqu’aux États-Unis.

Kid Francis aurait pu entrer au panthéon de la boxe. Mais derrière la réussite sportive se dessine un autre monde : celui du Milieu marseillais, des réseaux criminels et des jeux de pouvoir qui entourent la boxe professionnelle. Et bientôt, la grande histoire rattrape le champion. En janvier 1943, lors de la rafle du Vieux-Port organisée par les autorités nazies avec la participation de la police française, il est arrêté avec des milliers d’habitants du quartier et déporté au camp de Sachsenhausen. Cette opération massive, qui entraîne la destruction du quartier Saint-Jean, demeure l’un des épisodes les plus marquants de la Seconde Guerre mondiale à Marseille.

Cette histoire méconnue renaît aujourd’hui dans un passionnant album de bande dessinée. Ses deux auteurs, le dessinateur Grégory Mardon et le journaliste Marius Rivière, évoqueront le destin tragiquement romanesque de Kid Francis aux côtés de l’historien Stéphane Mourlane (Aix-Marseille Université), spécialiste des relations internationales à travers le sport et les migrations.


À lire

  • Grégory Mardon et Marius Rivière, Kid Francis, Casterman, 2026.
  • Stéphane Mourlane, Ciao Italia ! Un siècle d’immigration et de culture italiennes en France, La Martinière, 2017.

Je suis une idiote de t’aimer

Camila Sosa Villada

Entretien animé par Camille Thomine et traduit de l’espagnol par Coralie Tripier

Longtemps, ses livres ont circulé comme des déflagrations. Avec Les Vilaines, puis Histoire d’une domestication, Camila Sosa Villada s’est imposée comme une voix majeure de la littérature contemporaine, traduite dans le monde entier, portée par une écriture profondément libre, à la fois charnelle et politique. Sa présence en France est rare et c’est une joie de l’accueillir pour cette dixième édition du festival.

Dans Je suis une idiote de t’aimer, elle rassemble neuf récits où défilent coiffeuses, prostituées, enfants, saintes ou fugitives. Toutes affrontent un monde brutal, où la violence sociale et le patriarcat s’exercent sur les corps. Mais aucune ne se résigne : elles rient, se vengent, rendent les coups, désirent, inventant des façons d’exister. Chez Camila Sosa Villada, la douleur bifurque, la nuit se peuple de créatures indociles, et la langue elle-même déborde jusqu’à contaminer le réel.

Née en Argentine, passée par la prostitution avant de trouver dans le théâtre puis dans l’écriture une puissance de transformation, elle puise dans son histoire pour nourrir une œuvre qui glisse sans cesse vers l’excès et le prodigieux.

Une littérature de la marge et du corps, qui fait entendre, avec intensité, d’autres manières d’habiter le monde.


À lire

  • Camila Sosa Villada, Je suis une idiote de t’aimer, traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, Métailié, 2026.
  • Histoire d’une domestication, Métailié, 2024.
  • Les Vilaines, Métailié, 2021.

Jeunes, fauchées mais vivantes !

Sylvain Bordesoules et Florence Dupré la Tour

Rencontre animée par Sonia Déchamps

Dans Jeune et fauchée, Florence Dupré la Tour poursuit son travail de BD autobiographique avec un récit sans détour. Issue d’un milieu bourgeois catholique, elle raconte la bascule : les études sans ressources, la vie de mère célibataire élevant deux fils, les loyers impayés, les radiateurs froids, les années à compter. Son dessin est précis ; son humour, nourri de choses vécues, percutant. Sans misérabilisme, elle dissèque les mécanismes sociaux (famille, travail, argent, soins) et livre une critique féroce, qui n’épargne personne.

Avec Azur asphalte, Sylvain Bordesoules ancre son récit à Nice, loin des clichés de carte postale. Il y raconte les trajectoires cabossées de ses deux sœurs, qu’il a suivies pendant un an dans une ville où le décor lumineux contraste avec la dureté des existences. Entre petits boulots, débrouille et horizons bouchés, son dessin – où la couleur domine par touches impressionnistes – capte une jeunesse empêchée, mais lucide et combative, en lui redonnant présence et épaisseur.

Deux écritures et deux traits, mais un même point de départ dans ces bandes dessinées : la précarité, telle qu’elle façonne des vies et impulsent des trajectoires.


À lire

  • Sylvain Bordesoules, Azur asphalte, Gallimard BD, 2024.
  • Florence Dupré la Tour, Jeune et fauchée, Dargaud, 2026.

L’épaisseur du temps

Pauline Peyrade et Laurence Potte-Bonneville

Rencontre animée par Élodie Karaki

Dans Fossiles, Laurence Potte-Bonneville revient dans la maison familiale après qu’un épicéa foudroyé en a éventré le toit. Il faut trier la collection de fossiles du père, accumulée dans la grange ; ammonites, trilobites, fragments d’un temps si ancien qu’il échappe. Mais à mesure que l’inventaire avance, affleurent souvenirs d’enfance et silhouettes inquiètes. Et cette histoire transmise au fil des générations, celle de Véronique, bergère qui s’est précipitée dans le vide pour fuir des hommes et dont on n’a jamais retrouvé le corps. Entre paléontologie et légende, le récit se creuse, peuplé de figures féminines qui échappent aux classements.

Dans Les Habitantes, Pauline Peyrade installe Emily dans la maison héritée de sa grand-mère, au cœur d’un paysage de forêts, d’étangs et de champs. Sa vie suit le rythme du vivant — sa chienne Loyse, les bêtes, les saisons — jusqu’à l’arrivée de lettres qui annoncent la vente de la maison. Intrusions brutales, ces messages menacent l’équilibre fragile d’une existence tenue à l’écart. Ici, humains, animaux et végétaux cohabitent sans hiérarchie, dans une attention précise, presque hypnotique, au monde.

Deux maisons, deux héritages et, dans leurs langues mêmes, la force des lieux d’où naît une résistance : le vivant qui déborde chez Pauline Peyrade, des figures de femmes qui continuent de hanter chez Laurence Potte-Bonneville.


Retrouvez Laurence Potte-Bonneville pour une sieste acoustique, le dimanche 31 mai à 14h.


À lire

  • Pauline Peyrade, Les Habitantes, Éditions de Minuit, 2026.
  • Laurence Potte-Bonneville, Fossiles, Verdier, 2026.

Jusqu’où désirer ?

Nine Antico et Chloé Thibaud

Rencontre animée par Sonia Déchamps

Que fabrique le désir, et de quoi est-il fait ? De souvenirs, d’expériences plus ou moins consenties, de récits, d’images qui nous précèdent, et parfois nous piègent.

Dans Une obsession, Nine Antico remonte le fil de son rapport aux hommes et à la sexualité à partir d’un épisode fondateur, un trauma d’enfance qui infuse toute son histoire. Dans une Venise de masques et de silences, elle avance par fragments, entre passé et présent, pour comprendre ce qui, dans le désir, résiste ou se rejoue. Une bande dessinée autobiographique d’une grande justesse, qui fait du trouble une matière à penser.

Avec Désirer la violence, l’essayiste et journaliste Chloé Thibaud part d’une enquête intime pour élargir le regard. Films, séries, comédies romantiques ou dessins animés : elle montre comment la pop culture a façonné nos scénarios amoureux, jusqu’à rendre désirables des histoires de domination, de contrainte ou de violence. Une exploration dérangeante, qui invite à regarder autrement ce que l’on croyait anodin.

Une rencontre pour reprendre la main sur les imaginaires qui façonnent nos désirs et se débarrasser des fascinations toxiques, dans nos vies amoureuses comme sur les écrans.


Retrouvez Nine Antico pour la confession collective Péché mignon. Les écrivains avouent l’inavouable !, le samedi 30 mai à 20h.


À lire

  • Nine Antico, Une obsession, Dargaud, 2025.
  • Chloé Thibaud, Désirer la violence : Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer, Les Insolentes, 2024 (préface de Lio).

Iran, profondeur de champ

Chowra Makaremi

Entretien animé par Élodie Karaki

Comment tenir face à la violence d’État, quand elle sidère, isole, empêche même de penser ? Née en Iran et installée en France, l’anthropologue et essayiste Chowra Makaremi travaille depuis des années sur les contre-archives, les émotions collectives, les formes de mémoire qui circulent en marge des récits officiels.

Dans Femme ! Vie ! Liberté !, elle a tenu le journal du soulèvement déclenché par la mort de Jina Mahsa Amini ; une mort qui agit comme un point de bascule : « cela aurait pu être moi ». Une révolte féministe d’ampleur, maintenue dans un cadre civil, à laquelle le régime répond par une « politique de la cruauté » : torture, disparitions, exécutions, mises en scène pour gouverner par la peur.

Avec Résistances affectives, Chowra Makaremi s’attache à ce qui, malgré tout, parvient encore à circuler. Face à la terreur, ce ne sont pas seulement des idées qui résistent, mais des attachements, des liens, des émotions — chagrin, colère, désir de justice… — qui recomposent des formes d’action.

En 2022, elle voyait dans le féminisme la force la plus vive de la société civile iranienne, capable d’ébranler le régime. Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment analyser ce qui se joue depuis les attaques de février et la guerre qui secoue le pays ? Un entretien pour éclairer, au présent, les lignes de fracture et les formes de résistance qui traversent la société iranienne.


Retrouvez Chowra Makaremi pour une rencontre avec Laurine Roux, le jeudi 28 mai à 15h.


À lire

  • Résistances affectives. Les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, 2025.
  • Femme ! Vie ! Liberté !. Échos d’un soulèvement révolutionnaire en Iran, La Découverte, 2023.

Insula

Théo Casciani
Lecture par Aurore Clément

Entretien animé par Sonia Déchamps

Une fête queer aux allures de fin du monde, quelque part à Londres dans des bureaux désaffectés de la City. Des corps qui circulent, du sexe partout, des larmes de sperme, et cette rumeur : une pilule permettrait d’entrer dans un jeu clandestin, Insula, une autre réalité. Le narrateur la garde dans sa poche. Il n’est pas sûr de vouloir passer de l’autre côté.

Tout s’interrompt pourtant. Il doit rentrer à Paris : son père est en train de mourir. À l’hôpital, un mot revient dans la bouche des médecins, « insula » là encore, cette zone du cerveau atteinte par la maladie. Comme une île dans la tête. À partir de là, le récit se lézarde. Ce qui relevait du jeu ou de la simulation devient une traversée intime, où le deuil déplace tout et fait vaciller la frontière entre réel et digital.

Avec ce deuxième roman électrisant, Théo Casciani nous offre une expérience sensorielle à la fois très concrète et traversée de visions. Un conte sous acide, qui avance comme une quête hallucinée, peuplée de fantômes et de signes.

Pour faire entendre cette dystopie, rien moins que l’une des grandes voix du cinéma français : Aurore Clément, présence inoubliable notamment dans les plus beaux films de Chantal Akerman, ou encore dans Paris, Texas et Apocalypse Now. Une lecture, suivie d’un échange avec l’auteur, pour entrer dans les arcanes de ce roman-labyrinthe.


À lire

  • Théo Casciani, Insula, P.O.L, 2026.

IA, quand le réel vacille

Clément Camar-Mercier et Loïc Hecht

Rencontre animée par Marie Kock.

L’intelligence artificielle n’est pas seulement une affaire de machines. C’est aussi une manière de regarder le monde, et peut-être de ne plus très bien savoir ce qui, en lui, tient encore.

Dans La Tentation artificielle, Clément Camar-Mercier suit Jérémie, codeur persuadé que les algorithmes pourraient nous apprendre à vivre mieux, plus efficacement, plus rationnellement. Mais le corps, l’amour, la maladie et le chagrin se chargent vite de rappeler à cet apôtre de la maîtrise que l’existence résiste aux programmes. Satire du milieu de la tech autant que roman de la vulnérabilité, le livre interroge notre désir d’échapper à l’humain et explore une tentation très contemporaine : confier au calcul ce que nous ne savons plus affronter.

Avec La Simulation, Loïc Hecht signe une enquête vertigineuse aux allures de polar métaphysique. Parti en Californie sur les traces de milliardaires de la tech convaincus que le monde n’existe peut-être pas, il explore cette hypothèse folle — et pourtant prise au sérieux par certains scientifiques — selon laquelle nous ne serions que des avatars dans une simulation informatique. Entre Silicon Valley, mécanique quantique, vertiges New Age et post-vérité à l’ère trumpiste, son livre interroge moins une théorie qu’un symptôme : notre rapport de plus en plus troublé au réel.

Entre roman et enquête, fiction et non-fiction, deux livres pour penser ce moment où l’IA devient le miroir troublant de nos croyances et de nos peurs.


À lire

  • Clément Camar-Mercier, La Tentation artificielle, Actes Sud, 2025.
  • Loïc Hecht, La Simulation, Les Arènes, 2026.