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Voir le monde, de près et d’ailleurs

Maylis de Kerangal et Pierre Singaravélou

Rencontre animée par Claire Mayot

Pour la première fois, le festival quitte Marseille et s’invite à Cassis, face à la mer, dans le cadre lumineux de la Fondation Camargo. L’écrivaine Maylis de Kerangal et l’historien Pierre Singaravélou s’y retrouvent autour de deux livres parus dans la collection « Les arts de lire » chez Verdier. Deux livres très différents, mais une manière commune d’interroger ce que signifie penser et regarder ailleurs.

Dans La lentille et le roman, Maylis de Kerangal part d’un trouble très concret : une vue défaillante, qui la rend à la fois myope et hypermétrope. De cette perception incertaine naît une réflexion sur l’écriture : comment décrire, saisir, ajuster le regard quand les contours se dérobent ? Le roman devient alors une manière d’arpenter le monde, de capter le réel autrement, par fragments, par écarts.

Historien majeur des mondialisations et des empires coloniaux, Pierre Singaravélou remonte quant à lui le fil de son histoire personnelle pour comprendre ce qui fonde son désir d’écrire l’histoire. Dans De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde ?, il compose un récit à la fois intime et traversé par les dynamiques globales, où le « je » devient un point d’entrée pour penser plus large, plus loin.

Une conversation à ciel ouvert entre littérature et histoire, pour débuter la semaine avec deux voix majeures de la scène intellectuelle, dont Maylis de Kerangal, fidèle compagne du festival depuis ses débuts.

La rencontre a lieu en extérieur, en cas de chaleur pensez à vous protéger (eau, chapeau, crème solaire).

🚗 Covoiturage pour se rendre à Cassis


Cette rencontre sera suivie par le spectacle À ce stade de la nuit, adapté du livre de Maylis de Kerangal.
Retrouvez également Maylis de Kerangal pour une rencontre avec Neige Sinno, le mercredi 27 mai à 16h.


À lire

  • Maylis de Kerangal, La lentille et le roman, coll. «Les arts de lire», Verdier, 2026.
  • Pierre Singaravélou, De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde ?, «Les arts de lire», Verdier, 2026.

Sans foi ni loi

Tim Dup et les élèves de la 4ᵉ CHAM du collège Jean de Bernardy

En présence de Marion Brunet

Le bruit des sabots, la poussière, l’immensité du Grand Ouest. Une hors-la-loi indomptable, un enlèvement, un jeune homme qui apprend la liberté à ses côtés. À partir de Sans foi ni loi de Marion Brunet, les élèves de 4e CHAM du collège Jean de Bernardy inventent un objet scénique inattendu : un opéra western.

Accompagnés par Tim Dup — auteur-compositeur à l’écriture sensible et directe, à la voix douce et aux mélodies qui frappent juste — ils ont exploré durant plusieurs semaines tous les ressorts du récit : écrire, composer, jouer, mettre en scène. Une traversée des formes, à hauteur d’adolescents, pour faire entendre autrement cette histoire de fuite, de courage et d’émancipation.

Sur scène, cinq actes prennent vie, portés par l’énergie du groupe et le désir de s’emparer d’un roman pour en faire une œuvre vivante aux couleurs d’un western moderne.

Une création indisciplinée, en présence de Marion Brunet, qui prolongera ce moment lors d’un bord plateau pour échanger en public avec les jeunes interprètes autour de cette réinvention de son roman.


La rencontre a lieu en extérieur, en cas de chaleur pensez à vous protéger (eau, chapeau, crème solaire).


Retrouvez Tim Dup pour la remise du prix Des nouvelles des collégiens, le mardi 26 mai à 14h.


À lire

  • Marion Brunet, Sans foi ni loi, Pocket Jeunesse, 2019 (Pépite d’or au Salon du livre de Montreuil).
    Marion Brunet a reçu en 2025 le prix Astrid Lindgren pour l’ensemble de son œuvre.

Peste noire

Patrick Boucheron

Entretien animé par Olivia Gesbert

Entre 1347 et 1352, la peste noire emporte près de la moitié de la population européenne. Une catastrophe sans précédent, mais aussi une expérience fondatrice : celle d’un monde qui découvre la contagion, la mort de masse et l’impuissance à comprendre ce qui frappe.

Avec Peste noire, Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, revient sur cet « événement monstre » pour en faire une histoire vivante, nourrie des savoirs les plus récents, archéologie, génétique, sciences de l’environnement… Mais il ne s’agit pas seulement de raconter le 14ᵉ siècle. Cette plongée dans la peste médiévale résonne avec notre manière de penser le présent : comme si nous étions les héritiers silencieux de cette première grande peur, celle d’une catastrophe qui se propage sans remède, atteignant les corps autant que les esprits.

Historien majeur, auteur de Conjurer la peur, de Léonard et Machiavel ou encore de l’Histoire mondiale de la France, Patrick Boucheron explore depuis des années la façon dont le passé travaille nos imaginaires. À travers archives, récits et images, il montre ici comment les sociétés affrontent l’effondrement, comment naissent les récits de peur, les gestes de protection, mais aussi les logiques d’exclusion. Il l’écrit dans une prose magnifique, aussi libre qu’érudite, d’où surgit aussi la poésie, comme pour dire qu’il faut tenir dans la tempête.

Un entretien d’exception avec l’un des historiens français les plus brillants du moment ; assurément un temps fort du festival.


Retrouvez Patrick Boucheron pour la confession collective Péché mignon. Les écrivains avouent l’inavouable !, le samedi 30 mai à 20h.


À lire

  • Peste noire, Seuil, 2026.

Vive l’éducation populaire !

François Beaune et Marwan Mohammed

Rencontre animée par Claire Mayot

D’un côté, une MJC à Briançon, lieu d’accueil, d’entraide et d’expérimentation, engagée jusqu’à l’épuisement — notamment auprès des migrants — avant d’être dissoute dans une quasi-indifférence. Dans De la banalité du bien, François Beaune remonte le fil de cette histoire en donnant la parole à celles et ceux qui l’ont faite, jusqu’à faire parler la MJC elle-même à tous les âges de sa vie. Une enquête sur un demi-siècle d’engagement collectif et sur ce que cette disparition dit de notre époque.

De l’autre, Marwan Mohammed raconte dans une langue punchy, à la grammaire footballistique assumée, son parcours de la cité des Hautes-Noues au CNRS : une remontada qui l’a mené de l’échec scolaire à la sociologie. Loin d’une success story méritocratique, C’était pas gagné fait le récit d’une trajectoire rendue possible par des relais et des rencontres qui comptent : des animateurs de quartier, le BAFA, la découverte de Bourdieu et d’une langue pour penser ce qui pèse sur les vies.

Deux livres lucides et écrits sans bienveillance inutile, pour rappeler que l’éducation populaire n’est pas un supplément d’âme, mais un projet politique.


Retrouvez Marwan Mohammed pour la confession collective des auteurs et autrices du festival, Péché mignon. Les écrivains avouent l’inavouable, le samedi 30 mai à 20h.


À lire

  • François Beaune, De la banalité du bien, Cause perdue éditions, 2026.
  • Marwan Mohammed, C’était pas gagné ! De l’échec scolaire au CNRS, histoire d’une remontada, Seuil, 2026.

Prix Écriture et création Robert Fouchet

Laurine Roux, présidente du jury, et les lauréats 2026

Rencontre animée par Mélanie Masson.

Initié en 2020, s’adressant uniquement aux étudiants d’Aix-Marseille Université, le prix Écriture et création-Robert Fouchet est décerné conjointement par amU et Oh les beaux jours !. Nouvelle, court récit, poème, journal, bande dessinée, fiction ou non-fiction, essai littéraire ou autobiographie… tous les genres et les formes sont permis. Seule condition : respecter la thématique choisie pour cette nouvelle édition, « L’animal en nous ». Un écho certain avec les œuvres de la présidente du jury, Laurine Roux, qui abordent la force de la nature souveraine et l’intrinsèque puissance animale.

Pour rendre cette remise de prix plus vivante encore, les dix lauréats et lauréates entendront les commentaires de l’écrivaine sur la qualité de leur production, tandis que le texte qui recevra le premier prix sera lu sur scène par des étudiants comédiens. Une véritable petite leçon de littérature en direct ! Les dix écrits distingués feront ensuite l’objet d’une publication qui paraîtra à l’automne.


Retrouvez Laurine Roux pour une rencontre avec Chowra Makaremi, le jeudi 28 mai à 15h.


À lire

  • Laurine Roux, Trois fois la colère, Éditions du Sonneur, 2025.
  • Les recueils des textes récompensés chaque année, coédités par amU/Oh les beaux jours !, sont en accès libre sur ohlesbeauxjours.fr.

Pré-histoires romanesques

Marc Graciano et Pierre Schoentjes

Comment raconter ce qui n’a laissé presque aucune trace ? Comment faire surgir des vies, des gestes, des mondes, là où l’histoire se tait ?

Dans Inventer des grottes, Pierre Schoentjes explore la manière dont les écrivains se sont emparés de la préhistoire pour en faire un territoire romanesque. De J.-H. Rosny aîné (La Guerre du feu, 1911) à Jean M. Auel (Les Enfants de la Terre, 1980-2011), il montre comment ces récits façonnent un imaginaire. Longtemps dominé par la violence et les figures masculines, il s’ouvre, à partir du 20e siècle, à d’autres récits où apparaissent des formes de solidarité et des figures féminines actives, affranchies des rôles assignés.

C’est précisément depuis cet espace que Marc Graciano écrit. Dans Celle-qui-sait-les-herbes, une femme vieillissante, dépositaire d’un savoir ancien, entreprend un dernier voyage vers la mer pour transmettre ce qu’elle sait. Accompagnée d’un jeune homme, elle traverse paysages et communautés, dans une quête initiatique où se révèlent peu à peu les liens profonds entre les êtres et le vivant. Mais plus encore que l’intrigue, c’est la langue qui agit : incantatoire, traversée de répétitions et de mots rares, elle semble elle-même venue d’un temps immémorial.

Entre exploration critique et geste de création, cette rencontre met en regard deux manières d’habiter la préhistoire : comme archive imaginaire et comme expérience sensible. Une traversée vers un temps sans écriture, où la littérature, justement, commence.


À lire

  • Marc Graciano, Celle-qui-sait-les-herbes, Le Tripode, 2025.
  • Pierre Schoentjes, Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques, Le mot et le reste, 2025.

 

Regarder le passé autrement

Maylis de Kerangal et Neige Sinno

Rencontre animée par Élodie Karaki

Au cœur de la Vieille Charité, le Musée d’Arts africains, océaniens, amérindiens (MAAOA) présente d’importantes collections venues d’ailleurs, traversées d’histoires et de circulations, de silences aussi. Objets d’art, objets rituels, objets du quotidien : que racontent-ils aujourd’hui, et comment les regarder ?

À l’heure où les musées interrogent leur héritage colonial, leurs modes d’acquisition et les récits qu’ils produisent, le MAAOA engage une réflexion pour se réinventer. Penser ses collections autrement, c’est accepter leurs zones d’ombre, leurs contradictions. C’est aussi ouvrir la possibilité de récits pluriels.

Maylis de Kerangal participe à ce travail au long cours, aux côtés de personnalités qui accompagnent le musée dans cette transformation — notamment de l’historien Pierre Singaravélou, avec qui elle aura dialogué la veille. Neige Sinno, elle, connaît intimement ces espaces : elle a longtemps fréquenté la salle mexicaine du musée, avec ses 3000 objets d’art populaire, avant de vivre plusieurs années au Mexique. Une expérience au cœur de son récit La Realidad, qui sera lu à la suite de cette rencontre, où elle interroge ce que signifie habiter un pays et une histoire qui ne sont pas les siens.

Deux trajectoires pour regarder le passé autrement : comment raconter ces héritages depuis la littérature ?

La rencontre a lieu en extérieur, en cas de chaleur pensez à vous protéger (eau, chapeau, crème solaire).


Retrouvez Maylis de Kerangal pour une rencontre avec Pierre Singaravélou, le mardi 26 mai à 18h à Cassis.
Retrouvez également une lecture musicale de La Realidad de Neige Sinno, par Julien Allouf et Dorian Gallet, le mercredi 27 mai à 18h.


À lire

  • Maylis de Kerangal, La lentille et le roman, coll. «Les arts de lire», Verdier, 2026.
  • Neige Sinno, La Realidad, P.O.L, 2025.

Péché mignon. Les écrivains avouent l’inavouable !

Nine AnticoArno Bertina, Patrick Boucheron, Marie Kock, Mascare et Marwan Mohammed

Débat animé par Mathieu Magnaudeix

Pour fêter les dix ans du festival, Oh les beaux jours ! fait déraper la littérature et propose à ses auteurs et autrices un exercice aussi réjouissant que risqué : avouer leurs plaisirs coupables. Ces livres, ces chansons, ces films, ces séries ou ces objets culturels qu’on aime, mais qu’on n’assume pas toujours dans sa biographie officielle…

Sur scène, interrogés par Mathieu Magnaudeix, Nine Antico, Arno Bertina, Patrick Boucheron, Marie Kock, Mascare et Marwan Mohammed jouent le jeu de la confession. Entre ironie, mauvaise foi assumée et sincérité, chacun dévoile ce qui échappe aux hiérarchies, déborde les canons, dérange ou déjoue les attentes.

Car derrière ces « péchés mignons », une question grince : qui décide du bon goût ? Et qu’est-ce qu’on sauve, au fond, quand on parle de littérature ? Une traversée jubilatoire des mauvais genres et des passions inavouables, pour que la culture retrouve toute l’indiscipline dont elle ne devrait jamais se départir !


Retrouvez Marie Kock pour la remise de prix Des nouvelles des collégiens, mardi 26 mai à 14h ; Nine Antico pour une rencontre avec Chloé Thibaud, dimanche 31 mai à 17h30 ; Arno Bertina pour un entretien, dimanche 31 mai à 16h ; Marwan Mohammed pour une rencontre avec François Beaune, samedi 30 mai à 14h30 ; Mascare pour une soirée avec Le Cabaret La Bouche suivi d’un DJ set, samedi 30 mai à partir de 22h ; Patrick Boucheron pour un entretien, dimanche 31 mai à 11h.


À lire

  • Le festival dont vous êtes le héros, livre sous forme de jeu rédigé par Marie Kock pour les 10 ans du festival Oh les beaux jours !, mis en vente sur les lieux du festival (5€/soutien au festival).
  • Nine Antico, Une obsession, Dargaud, 2025.
  • Arno Bertina, Des obus, des fesses et des prothèses, Verticales, 2025.
  • Patrick Boucheron, Peste noire, Seuil, 2026.
  • Marie Kock, Après le virage, c’est chez moi, La Découverte, 2025.
  • Mascare, Belgazou, Corti, 2026.
  • Marwan Mohammed, C’était pas gagné ! De l’échec scolaire au CNRS, histoire d’une remontada, Seuil, 2026.

Sous le regard des autres

Francesca Pollock et Gabrielle de Tournemire

Rencontre animée par Mélanie Masson

Que voit-on vraiment quand on regarde des corps dits « différents », et que choisit-on de ne pas voir ?

Dans Ferdinand des possibles, Francesca Pollock raconte son beau-fils, atteint d’un lourd handicap. Sourd, presque sans mots, longtemps perçu comme incapable d’apprendre, Ferdinand invente pourtant ses propres chemins : il signe les couleurs, danse sa joie, compose un rapport au monde singulier. Fait d’attention et d’émerveillement, le récit épouse ce pas de côté et déplace ce que l’on croyait savoir du handicap : là où l’on ne voyait que le manque, apparaissent des formes de présence inattendues, intensément vivantes.

Avec Des enfants uniques, son premier roman très réussi, Gabrielle de Tournemire puise dans l’année passée en foyer pour personnes handicapées pour imaginer Hector et Luz. Lui, taciturne, à la parole rare ; elle, débordante, dont les mots s’emballent. Leur amour naît dans un institut médico-éducatif, lors d’une fête d’anniversaire, sous le regard inquiet des familles et des institutions. Ce lien, fragile et puissant, bouscule les normes : il oblige à repenser ce que peuvent être le désir, l’intimité, l’autonomie, jusque dans leurs gestes les plus simples.

Entre récit et fiction, sans pathos ni exemplarité, ces deux textes approchent autrement des vies trop souvent réduites au regard des autres.


Retrouvez Gabrielle de Tournemire, interviewée par de jeunes lecteurs, le jeudi 28 mai à 14h.


À lire

  • Francesca Pollock, Ferdinand des possibles, Verdier, 2024.
  • Gabrielle de Tournemire, Des enfants uniques, Flammarion, 2025 (prix Envoyé par La Poste 2025).