Trois questions à Marie Kock

Marie Kock
© Baptiste-de-Ville-dAvray-OLBJ

La journaliste et autrice est intervenue dans le cadre du projet Des nouvelles des collégiens, projet d’action culturelle de grande ampleur porté par le festival depuis huit ans. Elle a accompagné la 4e 3 du collège Daumier dans la rédaction d’une nouvelle où des élèves sont malmenés ! Un choix de la classe qui, loin de la fantasy ou des super héros, a souhaité enraciner son récit dans un cadre réaliste et angoissant.

  • Quel rapport à la fiction entretiennent les élèves ?

D’un côté, les garçons ont un imaginaire post-apocalyptique fait de guerres nucléaires et d’ambiances de fin du monde, mais aussi de romance ! De l’autre, les filles sont en prise avec le réel, avec des histoires de secrets de famille, de beaux-pères et de belles-mères pas toujours bien intentionnés, un univers plus ancré dans le réel et qui leur ressemble. Leurs goûts reflètent à la fois les grands succès récents, comme La Femme de ménage, Demon SlayerKPop Demon Hunters ou la New Romance par exemple, et les classiques de leur âge, Harry Potter, les Chair de Poule, ou les mangas. Ils ont davantage une culture pop que classique, même si certains en ont lu. Dans l’ensemble, les enfants avaient envie de raconter des histoires réalistes et de se faire peur.

  • Comment s’est conçu Écris ou meurs ! ?

Ils ne savaient pas où situer leur histoire au départ. Je leur ai suggéré des endroits familiers, qu’ils connaissaient, et ils se sont mis d’accord pour le choix d’une salle de classe. Lors des premiers ateliers où l’on élaborait la nouvelle à voix haute et non par écrit, ils ont souvent évoqué des histoires violentes, par exemple de tueries de masse et, peu à peu, c’est une histoire de prise d’otage qui a émergé. La question du harcèlement est également venue d’eux, ils avaient envie d’aborder des thèmes contemporains, de société. Pour le monologue du preneur d’otages, qui lui même avait été harcelé, ils restaient timides, ça ne venait pas. Avec leur enseignante, Madame Lemaire, on leur a dit qu’ils avaient le droit d’être en colère, que les gros mots étaient même permis ! Et soudain tout s’est débloqué, ils ont compris que la page blanche était un espace de liberté, qu’ils pouvaient tout dire et ne pas se brider, quitte à retravailler le texte ensuite.

  • Que retenez-vous de cette expérience ?

Un garçon m’a dit «je pensais que ça allait être nul et en fait c’était bien». Des mots simples, mais qui montrent qu’on a pu établir une confiance et les faire changer d’avis sur une activité dont certains se faisaient une montagne. Plusieurs m’ont dit à la fin des ateliers qu’ils se sentaient plus à l’aise avec l’écrit, que c’était finalement accessible. C’est ce que j’ai envie de leur transmettre. Je voulais leur montrer qu’il n’y avait pas besoin de maîtriser l’écriture, l’orthographe ou même la graphie pour prendre du plaisir à imaginer des histoires ! L’écriture est un acte solitaire, mais elle est possible aussi collectivement. Chacun a apporté quelque chose, à l’oral ou à l’écrit. La nouvelle s’est écrite avec toutes leurs voix.

27 janvier 2026
2 min.

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