Marc Graciano et Pierre Schoentjes
Rencontre animée par Claire Mayot.
Comment raconter ce qui n’a laissé presque aucune trace ? Comment faire surgir des vies, des gestes, des mondes, là où l’histoire se tait ?
Dans Inventer des grottes, Pierre Schoentjes explore la manière dont les écrivains se sont emparés de la préhistoire pour en faire un territoire romanesque. De J.-H. Rosny aîné (La Guerre du feu, 1911) à Jean M. Auel (Les Enfants de la Terre, 1980-2011), il montre comment ces récits façonnent un imaginaire. Longtemps dominé par la violence et les figures masculines, il s’ouvre, à partir du 20e siècle, à d’autres récits où apparaissent des formes de solidarité et des figures féminines actives, affranchies des rôles assignés.
C’est précisément depuis cet espace que Marc Graciano écrit. Dans Celle-qui-sait-les-herbes, une femme vieillissante, dépositaire d’un savoir ancien, entreprend un dernier voyage vers la mer pour transmettre ce qu’elle sait. Accompagnée d’un jeune homme, elle traverse paysages et communautés, dans une quête initiatique où se révèlent peu à peu les liens profonds entre les êtres et le vivant. Mais plus encore que l’intrigue, c’est la langue qui agit : incantatoire, traversée de répétitions et de mots rares, elle semble elle-même venue d’un temps immémorial.
Cette rencontre met en regard deux manières d’habiter la préhistoire : comme archive imaginaire et comme expérience sensible. Une traversée vers un temps sans écriture, où la littérature, justement, commence.
À lire
- Marc Graciano, Celle-qui-sait-les-herbes, Le Tripode, 2025.
- Pierre Schoentjes, Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques, Le mot et le reste, 2025.
